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Le Japon va t-il vraiment mieux ?

Écrit par Philippe Méchin.

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Il y a un peu plus d’un an, nous étions allés voir et surtout essayer de comprendre ce qui se passait au cœur de la troisième puissance économique mondiale. Dans ce Japon où rien n’est simple, nous étions revenus perplexes quant à la santé et au mode de fonctionnement d’un pays qui continue à ne pas réellement jouer le jeu de la mondialisation en s’arcboutant sur des principes et des méthodes hors du temps, hors des normes à bien des égards.

Entretemps, le Premier ministre Shinzo Abe a été réélu à la tête du pays, avec comme programme une politique de relance à laquelle il croit dur comme fer, tout comme finalement une partie des citoyens du pays qui lui ont redonné carte blanche ou presque, à propos de son programme. Nous sommes retournés au pays du soleil levant, nous avons tenté d’enquêter, de comprendre, et de savoir si la situation s’est améliorée. Enfin, nous avons visité un merveilleux salon nommé Gift Japan qui prouve que le savoir-faire japonais est encore remarquable, dans le domaine des produits de grande consommation. Si l’on se réfère aux statistiques officielles et vérifiées, la nouvelle est d’importance. En effet, la croissance est de retour après 28 années de stagnation. Oui vous avez bien lu, 28 années, et ceci depuis 8 trimestres consécutifs ! Ainsi le PIB enregistre-t-il pour l’année 2017, une progression de 1,6 %. Ce résultat vient donc confirmer le succès de la politique de Shinzo Abe, aux commandes du pays depuis 2012, devenu depuis la réélection de sa coalition formée par le parti libéral démocrate, de droite, associé au komeito de centre droit. Celui-ci devient le dirigeant le plus longtemps en place de l’histoire de son pays. Il pourrait même rester aux commandes jusqu’en 2021, battant ainsi tous les records de longévité pour un Premier ministre japonais. C’est donc une belle victoire pour cet homme, longtemps contesté pour ses choix dans la conduite économique de l’archipel. Mais c’est plutôt pour sa politique de fermeté vis-à-vis de la Corée du Nord qu’il a retrouvé une réelle popularité. Sa position proche de celle de l’allié américain consistant à maintenir “toutes les options”, sous-entendu militaires, contre le régime de Pongyang, a trouvé un écho très favorable de la part notamment des milieux d’affaires, qui approuvent cette ligne dure.

Triste record

Néanmoins toutes ces affirmations se doivent d’être relativisées au vu du nombre très élevé d’abstentions lors de ce scrutin. En effet, ils ont été seulement un peu plus de 21 millions sur 100 millions d’inscrits à se rendre aux urnes, ce qui constitue un triste record. Il semble que le désamour envers la classe politique soit à l’unisson de ce qui se passe dans de nombreux pays industrialisés. Toujours est-il qu’avec cette victoire, M. Abe peut se targuer de la justesse de ses Abenomics* qui reposent sur une stratégie de relance, faite de largesse budgétaire, et d’une politique monétaire plus qu’accommodante à l’instar de ce que pratique la BCE en Europe, et qui consiste à inonder le marché en liquidités, faisant ainsi mécaniquement baisser le cours du yen. Le Premier ministre, en outre, parie sur le retour d’une inflation aux alentours de 3 %, et une augmentation des salaires, assurée par les entreprises. En gros, ce discours volontariste ne varie guère de celui de son arrivée au pouvoir en 2012.
Pourtant, il faut bien reconnaître que ce retour à la croissance conforte le gouvernement en place dans ses choix. Les exportations sont reparties à la hausse, dopées par la demande internationale, dans le domaine des technologies de pointe où les japonais excellent, et notamment celui des composants, véritables cœurs battants de l’industrie moderne. Il faut en effet bien savoir que sans ces bijoux issus d’un savoir-faire national presque inégalé, un nombre considérable de machines dans le monde ne seraient pas en état de fonctionner. Il n’en reste cependant pas moins vrai que les produits finis de l’électronique grand public ont perdu de leur superbe, contestés dans leur suprématie par les voisins coréens, qui se sont dotés de groupes géants, à l’instar de Samsung ou encore LG. Et que dire des fabricants chinois qui mènent une offensive tous azimuts dans le secteur ? Nous avons pu le constater de visu lors du salon CES de Las Vegas, où les exposants de l’Empire du Milieu ont su se faire remarquer par le biais d’une présence massive, à l’exemple de Haier, Huawei, TCL, HiSense, Shanghong, etc. Tant et si bien que tout cela donnait une impression de passage de témoin, même si des grands noms comme Sony ou encore Panasonic résistent, en se diversifiant.

Excellence nipponne

Il est aussi un domaine emblématique de l’excellence nippone, c’est celui de la robotique industrielle, que les fabricants japonais maîtrisent tellement bien qu’ils font la pluie et le beau temps, un peu à leur corps défendant, toutefois. En effet, la demande mondiale est telle que ces entreprises hyperspécialisées ne peuvent plus fournir, ralentissant ainsi le développement de ce marché si gourmand de ce type de produits. Tout ceci a permis aux sociétés les plus performantes du pays de reconstituer leurs marges opérationnelles, tant et si bien qu’elles disposent de réserves de cash considérables. Voilà donc pour le côté pile, qui explique en grande partie ce retour aux 8 trimestres de croissance. Le côté face, ou du moins à risques de dérapages, c’est tout d’abord du côté de la politique monétaire qu’il faut regarder. En effet, la concurrence reste vive dans tous les secteurs de l’économie, même les plus performants, et le Japon qui tire l’essentiel de ses revenus à l’exportation profite de la faiblesse organisée du yen. Si celui-ci entame une remontée, qui finira bien par arriver, la reprise amorcée après tant d’années de disette, va finir par s’étioler, voire se gripper. Mais au-delà de ces spéculations, le grand problème du pays reste celui de la consommation, qui reste désespérément atone. Certes elle a connu un léger mieux au dernier trimestre 2017, avec une progression de l’ordre de 0, 5 %, mais elle sortait d’une baisse de 0,6 % au semestre précédent. C’est donc maigre, très maigre. La raison est hélas aussi connue, et vécue aussi dans bien des pays. Elle est la conséquence d’une stagnation des salaires depuis bientôt 6 ans, date de l’arrivée au pouvoir de Shinzo Abe, et qui prouve que ses fameux Abenomics ne fonctionnent pas vraiment, malgré les déclarations, les exhortations et autres effets de manche du chef du gouvernement. Pourtant le chômage est au plus bas, de l’ordre de 2, 8 % et d’après les experts, il va descendre aux alentours de 2 %. Si les économistes locaux prédisent une hausse naturelle des salaires, elle le devra uniquement aux simples mécanismes de l’offre et de la demande, en raison de la pénurie de main-d’œuvre.

Une société toujours bloquée

Par contre les salariés en place n’ont rien ou presque à attendre en matière d’amélioration de leurs rémunérations. Et là, on touche une des faiblesses structurelles de la société japonaise. En effet, les relations quasi ancillaires du salarié envers son patron, son supérieur hiérarchique, son chef de service restent très fortes, signe du blocage toujours aussi prégnant de la société japonaise. Il ne viendra jamais à l’idée d’un salaryman de réclamer une augmentation personnelle, en raison de services rendus, pas plus que le chef en question n’aura cette idée en tête. Le collaborateur d’une entreprise doit le respect le plus absolu à celle qui l’a embauchée, et au sein de laquelle il est programmé pour y effectuer toute sa carrière, souvent sans possibilité de promotion interne et par conséquent d’augmentation de salaire. Ce rapport de soumission d’essence féodal du couple employé-patron, est d’autant plus accentué qu’il n’existe aucune organisation syndicale digne de ce nom capable de soutenir la moindre revendication. Celles-ci sont éclatées en une myriade de centrales sectorielles le plus souvent corporatives et de syndicats d’entreprises sans aucun pouvoir réel, incapables de se faire entendre sur le plan national. Dans ces conditions, même des accords de branches sont impossibles à mettre en place. Il est évidemment encore moins question de mouvement social comme savent si bien le faire nos syndicats à la moindre occasion dans notre beau pays. Personne n’est politisé, personne ne bronche. De plus ce n’est pas adapté à la culture d’un pays pour lequel le respect de l’ordre établi est une des bases fondamentales de la société. Et que le contestataire ne s’avise pas d’aller trop loin. Le licenciement se paie au prix fort. Les allocations chômage sont ridicules et n’excèdent pas six mois ! Sans compter le déshonneur absolu d’un employé obligé de quitter une entreprise dans laquelle il était programmé pour rester toute sa vie professionnelle. Dans ces conditions, les salariés font le dos rond préférant la stabilité de l’emploi à vie plutôt que se risquer à demander une très hypothétique revalorisation de son salaire. On le comprendrait à moins…

Précarité

Il va donc sans dire que cette société verrouillée qui ne favorise pas l’émulation ne stimule donc pas le pouvoir d’achat et même les projets à long terme pour les classes sociales d’âge moyen, en âge de consommer. Par voie de conséquence, beaucoup ne croient plus en rien et n’accordent plus aucune confiance envers les politiques. Aussi ont-ils été très nombreux à déserter les urnes lors des dernières élections. Mais il y a plus grave. Malgré la chute de la démographie, les effectifs se sont enrichis de femmes inquiètes de la stagnation du salaire du mari et des seniors soucieux d’une retraite non financée. Si le chômage reste historiquement très bas, c’est en raison de la facilité des patrons à embaucher et à licencier à moindre coût. Les employeurs, gourmands en effectifs, ne se privent donc pas pour embaucher des emplois précaires, surtout dans des secteurs industriels qui n’ont pas entamé leur modernisation, et ils sont nombreux contrairement à l’image High Tech du pays. C’est ce retard qui soutient l’emploi et un niveau de chômage incroyablement bas. Seulement le problème, c’est que les heures travaillées n’augmentent quasiment pas, preuve que les emplois créés ces cinq dernières années ont été des petits boulots précaires aux horaires souvent réduits, qui ne permettent de construire ni carrière ni projet pour un salarié. A noter que dans cette perspective, l’immigration de travail est devenue un phénomène d’importance, puisque malgré la xénophobie affichée de l’opinion publique, le Japon a accueilli 400 000 migrants de longue durée en 2015, ce qui place l’Empire du Soleil levant au quatrième rang des pays de l’OCDE, derrière l’Allemagne, les USA et le Royaume-Uni.
Il est donc vrai en raison de la baisse de sa démographie que les autorités n’arrivent toujours pas à enrayer, le chômage est au plus bas, conséquence essentiellement d’une demande d’emploi mal payé, précaire et peu qualifié, à destination de services à domicile et d’entreprises vieillissantes, qui refusent de moderniser leur appareil de production obérant ainsi la compétitivité du pays. C’est cher payé au final.

Au sortir de cette immersion au cœur de la troisième puissance mondiale, celle-ci garde son mystère. Ce qui est expliqué dans ces lignes ne se voit pas au quotidien. Personne ne se plaint, les étals sont bien garnis, les sans- domicile quasi absents, la pauvreté invisible. Le sens de l’honneur du peuple japonais est bien trop fort pour se laisser à aller à la complainte. La ville de Tokyo reste un paradis de la consommation, douée d’un certain art de vivre. Ses ruelles avec ses temples et ses myriades de restaurants qui côtoient les buildings les plus futuristes fascinent. Finalement l’Empire du Soleil Levant, à l’instar des autres grandes puissances planétaires est devenu un pays inégalitaire, ou le fossé entre les gagnants et les perdants de la compétition économique se creuse inexorablement. Le vrai problème, c’est que les citoyens de l’Empire du Soleil Levant ont du mal à accepter cette compétition et font comme si elle n’existait pas dans leur vie quotidienne. Ils restent très fidèles à leurs traditions de respect de courtoisie, de politesse, sont toujours à la pointe des technologies les plus avancées dans bien des domaines, et continuent à ne pas vouloir parler l’anglais, ce qui ne rend pas les échanges simples. Curieux pays en vérité, mais si attachant, malgré tout.•

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