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Les enseignes et les acheteurs en question

Écrit par Marie-José Nicol - Rédactrice en Chef Le 4 juillet 2018.

MJN 2018 2

Nous sommes au pays du bricolage. Un très beau pays. Riche. Les châteaux arborant les enseignes les plus chatoyantes peuplent la contrée. Certes, les guerres sont nombreuses, mais toujours larvées. En apparence, tous s’entendent bien. Les cours centrales et leurs seigneurs, les acheteurs, rutilent de leur pouvoir. D’ailleurs ce n’est pas pour rien si la foule de moins en moins nombreuse des fabricants, et pour cause, les appelle les saigneurs. Mais là, encore, il faut sauver les apparences. « Nous voulons de la convivialité et du rapprochement », scandent les seigneurs, tout en cachant leurs dagues sous des aspects amicaux. Leurs armes sont redoutables : la plus terrible est la massification qui a fait des centaines de morts. Ce combat est d’ailleurs stérile car les vainqueurs, tels Pyrrhus, perdent encore plus que les vaincus. Leurs châteaux sont désertés par les consommateurs qui ne trouvent plus l’offre qui les séduisait naguère. Le peuple des fournisseurs n’est pas dupe, mais fait semblant de jouer le jeu.

Le roi des seigneurs venait de se faire élire. Son prédécesseur était un modèle de finesse, de diplomatie, mais en même temps de courage. Très accessible, il dialoguait avec tous, notamment avec les journalistes. Malheureusement, la constitution lui interdisait plus de 2 mandats. L’un des plus grands saigneurs fut élu. Il faut dire qu’ils ne se bousculaient pas pour être candidats à un poste qui demandait véritablement de l’implication et du travail. Sans doute, le côté prestigieux de la fonction l’attirait-il. Il fallait en effet, redorer le blason de son château qui battait de l’aile. Quoi qu’il en soit, dès le départ, il montra des signes si ce n’est d’arrogance, au moins de distance, en ne daignant pas honorer de sa présence la conférence de presse annuelle, grand-messe traditionnelle de la profession qui réunissait tous les acteurs du métier.

Il est très pris par ses lourdes fonctions, nous expliqua la déléguée générale, très ennuyée. Certes, mais dans ce cas, il ne fallait pas qu’il se présente à ce poste. Personne ne l’y a contraint, rétorquèrent les journalistes, en colère. Etait-ce du mépris ou simplement de la distance ? La suite donnera des éléments de réponse. En effet, il n’assista pas non plus à la table ronde du bricolage, organisée par votre serviteur et à laquelle sa fonction était présente depuis le début cette table ronde, soit 8 ans. Pire, il ne s’excusa pas personnellement et ne se fendit même pas d’un coup de téléphone. Son organisation fit néanmoins le nécessaire pour être représentée. Grâce leur soit rendue. Dans la foulée, nombre de châteaux, habituellement fidèles, désertèrent la manifestation sous des prétextes les plus variés (grèves des trains, restructuration, etc.). Pourtant, ceux qui avaient fait l’effort de venir, saluèrent, unanimement l’intérêt de la réunion. Volonté de proximité, ont-ils dit ? Bizarre autant qu’étrange !

Mais, le clou du mécontentement de la profession se manifesta lorsque les acheteurs désertèrent également les salons. N’oublions que ces manifestations étaient organisées pour par le peuple des fournisseurs qui venait déposer à leur pied les offrandes de l’innovation. Or, qu’il s’agisse du salon du végétal ou de B to B habitat, ils se mirent aux abonnés absents. Devant ces hécatombes répétées, le Roi du pays convoqua la profession pour faire le point lors d’Etats Généraux spécifiques.

- Mesdames et Messieurs les Jurés, entama l’Avocat général, vous êtes ici pour juger de l’attitude inqualifiable des acheteurs et des enseignes qui jouent de moins en moins de jeu de la profession. Ils sont notamment en train d’étouffer dans l’œuf, B to B habitat, un salon pourtant jugé utile par tous les seigneurs qui se plaignent largement de l’absence de salon généraliste français dans ce métier. Tels étaient d’ailleurs les propos de leur Vice-Président. Il était plein d’espoir, pour lui ce salon devait également symboliser la nouvelle proximité dont son organisation se réclamait. Nous avons vu le résultat.

- Objection, votre honneur, s’exclama l’avocat de la Défense. 180 acheteurs se sont rendus à ce salon. Ce n’est pas si mal pour une première édition. L’enseigne du Vice-Président a été particulièrement bien représentée.

- C’est vrai, mais ils se sont contentés d’aller voir leurs clients et pas leurs prospects. Or, pourtant, telle est la vocation d’un salon : découvrir de nouvelles innovations. En revanche, l’enseigne du Président a été totalement absente. En résumé les deux leaders ne se sont pas déplacés. Mépris ou distance ?

- Nombre d’acheteurs ont été pris toute une journée par les Brico d’Or, ce qui les a empêchés d’aller visiter les maisons des fournisseurs, rétorqua l’avocat général.

- Au moins, 35 fournisseurs ont pu rencontrer la fine fleur des enseignes et leur présenter face à face leurs dernières innovations. Mais, il est faux de dire que les acheteurs n’étaient pas dans le salon. La preuve un exposant en a rencontré 30 !, s’insurgea l’avocat de la défense.

- D’autres n’en ont pas vu un seul. J’ai même appris que certains acheteurs demandaient à leur fournisseur de les couvrir pour aller suivre les matchs de Roland-Garros !, s’indigna l’avocat général.

- Honte à eux ! Explosa la salle, devenue soudain très houleuse. L’avocat général prononça alors la formule célèbre : Silence, ou je fais évacuer la salle ! La parole est à la Défense.

- Je ne voudrais pas faire le procès des fournisseurs, commença suavement l’avocat de la Défense. Mais, enfin tout de même ! Qu’ont-ils fait ? Ont-ils envoyé des courriers ou des mails à leurs acheteurs leur demandant de leur rendre visite ? La réponse est négative pour la plupart. Pire, lors du salon, ils sont restés tranquillement sur leur stand, attendant le chaland. Or, ceux qui ont vu des enseignes sont ceux qui ont quitté leur stand pour aller les chercher dans les allées. Trop habitués au confort des salons d’enseigne, ils ont oublié les règles de base du commerce : se bouger. N’oublions pas non plus que les acheteurs des uns sont les prospects des autres. Ce sont donc eux qui portent la responsabilité du demi-succès de ce salon.

- Maître ne renversez pas les rôles, s’indigna l’Avocat général. D’ailleurs, nous voyons bien, et cela est très instructif pour la suite des événements, que nous avons senti plus d’intérêt de la part des enseignes négoces que celle traditionnellement grand public. Pas étonnant, d’ailleurs que ces dernières s’intéressent moins à l’innovation si elles massifient !, poursuivit-il, perfide.

- Ne mélangez pas tout !, interpella l’avocat de la Défense.

Le jury se réunit pour délibérer. Il se retira et revint quelques heures plus tard.

- Avez-vous un verdict à nous proposer ?, questionna le Président du Tribunal.

- Oui, votre honneur. Nous décernons un blâme à l’ensemble de la distribution grand public. Nous excluons les négoces qui ont fait des efforts méritoires. Nous décernons aussi un simple reproche aux exposants qui n’ont pas fait, dans l’ensemble, preuve d’assez de dynamisme dans leur comportement. Ce point est toutefois contrebalancé par les efforts qu’ils ont faits dans la présentation de leur stand.

- Et pour la suite ? Autorisez-vous la tenue d’une deuxième édition ?, poursuivit le Président.

Oui, plutôt deux fois qu’une. Même s’ils ne se sont pas toujours rencontrés, le nombre d’exposants présents et le nombre d’acheteurs montre l’intérêt de la profession pour un salon. En ces temps de massification, chacun doit pouvoir se démarquer. La recherche du prix bas ne doit pas tuer l’innovation et est vitale pour les deux parties. En effet, le consommateur ne saurait se contenter d’une offre basique, sans choix. Que fera-t-il sinon ? Il ira sur internet et notamment Amazon !

- Mais pour obtenir son passeport pour la deuxième édition, ce salon devra se rénover et apporter moult améliorations. Mais nul doute qu’il ait déjà tiré les leçons des erreurs de la première édition. La profession doit se mobiliser et laisser ce salon le temps de trouver sa place, c’est l’intérêt de tous. Donc à l’année prochaine.