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CIHS 2019 Shanghai : Les mystères de l’Orient

Écrit par Philippe Méchin Le 27 janvier 2020. Rubrique Asie

20200127 CIHS

Avouons-le franchement, nous n’étions pas vraiment enthousiastes quant à l’idée de supporter de longues heures d’avion pour nous rendre à Shanghai visiter le CIHS à l’occasion de sa dernière édition. Il faut bien avouer que nous étions influencés par des nouvelles venues de l’Empire du Milieu qui ne nous paraissaient pas vraiment enthousiasmantes, avec notamment la plus faible croissance depuis ces 20 dernières années, rien que ça ! Ajoutez un ralentissement du commerce mondial et pour couronner le tout une guerre commerciale larvée avec les Etats-Unis, tout ceci ne suscitait l’optimisme. Nous nous attendions même au pire. Et pourtant c’est tout le contraire que nous avons vu et vécu.

En effet et une fois de plus, nous en serons pour nos frais. Les chiffres sont parfaitement explicites puisqu’ils montrent une progression à tous les étages, que ce soit en nombre de visiteurs que d’exposants ou de surface d’exposition. Ainsi 3 625 entreprises, rien de moins, ont-elles proposé leurs nouveautés et innovations à 40 356 professionnels ce qui représente une progression de l’ordre de 8 %. Pas mal pour un secteur soi-disant fragilisé par un ralentissement économique. Mais il faut croire que le mot n’a pas le même sens pour un pays qui reste quoi que l’on puisse en penser, toujours en croissance, ce qui n’est pas le cas de la quasi-totalité des autres nations du monde entier qui toutes, à de très particulières exceptions près, souffrent de difficultés de tous types. Il y a cependant un petit bémol à ce tableau. Il concerne le nombre de visiteurs étrangers qui se sont comptés au nombre un peu faiblard de 3 565, ce qui n’est pas à la hauteur d’une plateforme de ce niveau. A ceci, il existe cependant une explication qui ne surprendra personne. Elle se trouve dans la guerre larvée, pas franchement déclarée entre les deux géants mondiaux, à savoir la Chine et les Etats-Unis. Aussi les acheteurs du continent nord-américain ne se sont donc pas bousculés pour faire le déplacement sur le salon. Est-ce un phénomène durable ou un accord sera-t-il trouvé entre les deux poids lourds de l’économie planétaire ? Difficile à dire tant ceux-ci soufflent le chaud et le froid dans leurs relations. Un jour tout semble être quasiment réglé, le lendemain c’est le contraire. Cette situation finit par peser lourd sur le climat international des affaires et des échanges commerciaux, dans la mesure où des menaces de barrières douanières, des craintes de protectionnisme, n’arrangent pas vraiment le climat des échanges internationaux dans un environnement économique où le poids de la mondialisation pèse toujours aussi lourd, quoi qu’en disent certains experts prophétisant un peu vite sa fin rapide.

Projet pharaonique

Il semble même que nous sommes très loin de cette situation si l’on regarde de près la stratégie de développement de la Chine qui investit des milliards de dollars, dans le projet le plus pharaonique de l’histoire de l’humanité, avec la reconstruction de cette fameuse route de la soie, version 21e siècle. Celle-ci n’est pas un parcours touristique dédié aux nostalgiques de Marco Polo, mais une gigantesque toile d’araignée destinée à conquérir le monde, non pas sur le plan militaire, mais sur le plan économique en permettant aux produits de l’Empire du Milieu d’envahir la planète de tous les produits qu’elle exporte sur tous les continents. A cet effet rien, n’arrête les dirigeants de Pékin, Xi Jing Ping en tête qui veut manifestement marquer de son empreinte un règne qu’il s’est accordé à vie. Tout ceci a donc bien des airs de retour à un vaste empire dirigé par un seul homme. Et qui dit empire, dit conquêtes. Le nouveau monarque l’a intégré dans sa stratégie et n’hésite pas à faire construire un gigantesque maillage de voies de transports. Les dépenses sont évidemment colossales, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de relier la Chine à toute la planète. Tout ceci relève donc bien d’une stratégie de conquête, avec comme arme l’exportation tous azimuts. Dans cette entreprise, rien n’est donc laissé au hasard. Le contrôle des matières premières est donc une priorité et la Chine ne s’en prive pas en investissant les pays où se trouvent les ressources fossiles et minières dont elle a besoin. C’est ainsi qu’elle ne s’est surtout pas privée d’investir notamment l’Afrique dont elle déloge les occidentaux progressivement via des “aides” et subventions très importantes. Ils en profitent également pour y installer des unités de production qu’ils contrôlent du début à la fin. Car ne nous méprenons pas, ce ne sont pas des philanthropes. Le plus souvent, les aides sont liées à des contrats redoutables. En général, celles-ci se pratiquent sous forme d’apports financiers remboursables pour la construction d’une usine par exemple, selon un délai moyen de 10 ans. Si au bout de celui-ci, le retour sur investissement n’est pas au rendez-vous, la Chine en devient propriétaire à 100 %. Tout ceci est donc parfaitement ficelé. D’autre part, il est un autre volet redoutable du développement chinois dans le monde. Il s’agit ni plus ni moins d’acheter des entreprises dans tous les secteurs, que ce soit dans celui des biens de consommation, que de la haute technologie.

Colossales réserves de change

Pour cela, les autorités du pays disposent de colossales réserves de change qui leur permettent de se porter acquéreur de tout ou presque de ce qui se fabrique sur l’ensemble de la planète, et ils ne s’en privent pas. Aujourd’hui, de très nombreux fleurons de l’industrie européenne portent les couleurs du drapeau chinois, et le pire c’est que beaucoup d’entre nous l’ignorent. Il n’est pas dans les habitudes de Pékin de se vanter de ses emplettes. Elle tisse patiemment sa toile, sans publicité tapageuse, mais en plaçant ses pions là où il faut. Sait-on par exemple que les fameux robots allemands de l’outillage nommés Kuka, connus comme les meilleurs au monde, sont passés sous pavillon de l’Empire du Milieu ? Sait-on qu’à l’ère de l’électrification généralisée du parc automobile, la marque suédoise Volvo, très en pointe dans ces nouvelles technologies, puisqu’elle va être la première marque au monde à ne plus produire de voitures à moteurs thermiques, est désormais chinoise sur le plan, capitalistique, et qu’au cœur de la nouvelle alliance Fiat/PSA, 12 % des actions, à savoir autant que l’état français est entre leurs mains ? Sait-on que le prestigieux groupe Daimler est aussi pour partie leur propriété ? On pourrait ainsi multiplier les exemples à l’infini, dans des secteurs de la plus haute importance et tout laisse à penser que c’est loin d’être fini. Tout ceci prouve en tout cas que l’export, bras armé de la mondialisation, reste une priorité absolue pour un pays qui cherche à détrôner les Etats-Unis sur le toit du monde.

Pas sans conséquences

Il va donc sans dire que cette situation implique bien des conséquences sur les salons professionnels du pays, et le CIHS n’échappe pas à la règle. Aussi cette faiblesse enregistrée par les visiteurs venus de l’étranger constitue une déception dans la mesure où une bonne partie de l’offre globale est destinée aux acheteurs étrangers, dans ce fameux contexte de sourcing qui reste une réalité incontournable lorsque l’on se déplace sur un salon chinois. Si le visiteur peut être impressionné par les noms ronflants de ces entreprises, il faut savoir qu’elles sont toujours aussi nombreuses à proposer une offre complète de sous-traitance. C’est à fortiori d’autant plus vrai dans le domaine de l’outillage. Les grands noms mondiaux du secteur font très souvent appel à ces fabricants que ce soit pour partie ou pour l’intégralité de leur production. Il faut bien en effet comprendre que les industriels chinois sont toujours aussi performants en matière de rapport qualité-prix malgré une hausse conséquente des salaires locaux. Toutefois, et afin de faire face à ce problème, les entreprises délocalisent à tour de bras, notamment dans les pays satellites du continent asiatique comme le Vietnam, les Philippines, le Cambodge et ce n’est qu’un début. Tout ceci permet en plus à ces pays soit de connaître un boom économique, soit de sortir de la pauvreté, comme l’a vécu la Chine, grâce à l’occident, les mêmes causes produisant les mêmes effets. N’oublions pas en effet que d’avoir transformé le pays en usine du monde a autorisé plus de 800 millions de personnes de sortir du seuil officiel de la pauvreté. Au moins la délocalisation aura-t-elle du bon pour bien des malheureux.

Toujours aussi compétitifs

Voilà donc pourquoi, le salon CIHS reste-t-il une valeur sûre en termes d’achat sur le secteur de l’outillage pour les visiteurs étrangers, lesquels sont en plus particulièrement soignés sur ce rendez-vous. En effet, il ne faut pas oublier que le CIHS est aux mains de Koelnmesse qui en connaît un rayon sur le sujet, puisque comme chacun le sait, le salon Eisenwaren Messe, leader mondial de l’offre quincaillerie appartient aux mêmes organisateurs. A noter d’ailleurs que sa prochaine édition se tiendra à Cologne du 1er au 4 mars 2020. Il va donc sans dire que les acheteurs se verront proposer une offre pléthorique en cette année à venir. Mais regardons d’abord d’un peu plus près celle qui nous a été proposée à Shanghai. S’il est vrai que le nombre d’exposants étrangers a un peu fléchi en raison de cette conjoncture internationale difficile, il n’en demeure pas moins que le marché intérieur se porte encore très bien, malgré les informations plus ou moins alarmistes de ces derniers mois. Les exposants se tournant vers les acheteurs de leur propre pays, toujours plus nombreux, quoi que l’on dise. Il faut dire que la région se suffit à elle-même pour absorber une bonne partie de l’offre, tant la mégapole chinoise ne cesse de s’étendre, à tel point qu’il est difficile de connaître réellement les chiffres de sa population. Celui le plus souvent cité et qui nous paraît vraisemblable se situe autour de 30 millions d’habitants. C’est évidemment considérable et la construction de logements ne semble pas se tasser, tant s’en faut. Il suffit de regarder le nombre de chantiers. Il va donc sans dire que tout ce beau monde de professionnels a un grand besoin d’outils et de matériel annexe depuis la visserie, jusqu’à l’équipement de protection. Il faut également ajouter que les maitres d’œuvre constituent un réservoir conséquent d’acheteurs. Il faut en effet rappeler qu’en Chine, les logements sont livrés quasiment nus, et que les acheteurs sont obligés de l’équiper du sol au plafond. Comme il est hors de question pour un chinois de bricoler, à fortiori lorsqu’il s’agit de travaux lourds comme c’est souvent le cas. Il fait donc appel à ce type de professionnels. Bien évidemment ceux-ci n’oublient jamais de venir arpenter les allées du CIHS pour y faire leurs emplettes, non pour s’y promener ou regarder les tendances. Néanmoins, celles-ci existent comme dans tout salon qui se respecte. Et ce qui s’impose, c’est la montée en puissance de la qualité et de la sophistication de tout ce matériel, surtout dans l’outillage de haute précision. Le phénomène est accentué par l’apport des technologies de pointe qui envahissent tous les secteurs, l’outillage n’échappant pas à la règle. La connectivité est, sans grande surprise devenue quasiment banale. Mais ce qui frappe, c’est avant tout cette marche en avant des industriels du pays dans cette volonté de proposer des nouveautés et innovations de qualité. Tout le matériel présenté s’éloigne de plus en plus de l’offre low cost pour aller vers des produits qui ne cessent de monter en gamme. C’est flagrant pour le matériel lourd à destination du matériel de chantier, mais ça l’est aussi pour le petit outillage, la quincaillerie, et tout ce qui accompagne ce secteur. Il fait bien sûr y voir aussi la main de Koelnmesse, qui veille au grain, en ce qui concerne le niveau de l’offre.
Voilà un donc un salon qui en définitive nous aura réservé bien des surprises. Nous nous attendions à atterrir dans un univers un peu déprimé, victime d’une baisse de moral, d’une panne d’énergie. Eh bien que nenni, et les statistiques globales du CIHS le prouvent sans la moindre ambigüité. La Chine reste égale à elle-même et ce ralentissement tant annoncé ici et là, n’est en aucun cas perceptible, à l’aune de ce que nous avons observé. L’incroyable dynamisme est omniprésent, la population ne semble pas atteinte de cette langueur qui frappe les européens dans leur majorité. Peut-être est-ce une réalité, mais ce n’est en aucune manière perceptible. Mystères insondables de l’orient…•