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Mission CES 2018 – Digital : la révolut ion en action !

Écrit par Laurent Feneau Le 15 juin 2018. Rubrique A la découverte de

20180615 Mission CES

La Mission CES donnait rendez-vous le 23 mai dernier aux acteurs français du numérique l’occasion de faire le point sur les innovations du moment et de mettre en perspective quelques axes de rupture technologique, le tout sur fond d’entrée en vigueur du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD)…

Créé en 1967 à New York, le Consumer Electronic Show (CES) reste et demeure l’un des meilleurs endroits pour chaque année prendre le pouls des tendances émergentes sur le secteur de la Tech – IoT* notamment – et repérer celles qui vont impacter le comportement des consommateurs. Entre deux éditions, la mission CES France assure une veille technologique et organise – comme le 23 mai dernier dans les locaux du Medef – colloques et événements afin de faire régulièrement le point sur les dernières innovations du moment. « Il s’agit de faire la différence entre le “bruit” généré par la Tech et la réalité du terrain permettant d’anticiper réellement les prochaines vagues d’innovations et au final faire un véritable travail de prospective stratégique », rappelle ainsi Alain Risch, membre de la mission CES France.

Quelle stratégie digitale pour la France ?

Si la plupart des acteurs de la Tech s’accordent pour reconnaître que la dernière édition de CES était l’une des meilleures et l’une des plus riches eu égard à la qualité des innovations présentées, certains observateurs voient en ce succès un signal du marché. « Nous assistons – via les dernières évolutions digitales – à la réinvention de tout et à la consumérisation de tout », analyse ainsi en début de conférences, Xavier Dalloz, fondateur de l’agence de consulting XDC et correspondant du CES en France. Et de préciser, « Nous n’avons toutefois encore rien vu et tout va s’accélérer… ». Force est en effet de constater qu’investissements des GAFA** et autres start-ups aidant, les évolutions technologiques se succèdent. Toutefois, les produits et les services se multiplient, créent de nouveaux besoins sans pour autant y répondre et surtout sans étancher la soif d’un consommateur alignant les Apps sur son smartphone comme un chasseur ses trophées… « Les investissements sont là, mais l’innovation disruptive tend à se faire rare », poursuit ainsi Xavier Dalloz.
En effet, si certains écosystèmes numériques – Etats-Unis, Singapour, etc. – sont aujourd’hui très performants et parviennent à porter des innovations majeures, d’autres affichent une certaine maturité. Au même titre que celui du Japon et de l’Allemagne, l’écosystème numérique de la France et les différents acteurs qui le composent – universités, centres de recherches et laboratoires, incubateurs, accélérateurs et investisseurs – aussi efficaces soient-ils en termes de création, ne sont pas suffisamment connectés à l’économie traditionnelle. Résultat, la France manque d’une vision et surtout d’une véritable stratégie digitale, pourtant indispensable à toute politique industrielle et commerciale globale dédiée au numérique.

Intelligence(s) artificielle(s) et nouveaux enjeux

Problème : dans une logique de consommation autocentrée portée aujourd’hui par l’avènement de l’Internet of Me***, le consommateur est plus que jamais en attente de véritables innovations numériques, celles servant la qualité du nouveau bien ou service produit. Oui, mais sur quelle technologie miser pour se différencier suffisamment sur un marché de la Tech où chaque année les nouveaux entrants sont légion ? Sur l’intelligence artificielle (IA) bien sûr ! « La partie se joue désormais entre Amazone et Google, notamment sur l’habitat connecté, avec plus que jamais une approche de services sur laquelle l’IA est devenue omniprésente », confirme en effet David Menga, ingénieur et chercheur EDF Lab et troisième intervenant de cette matinée.
L’enjeu est d’autant plus énorme que, pour rappel, l’IA concerne un vaste ensemble de théories, de techniques et de technologies. Elle touche dans ce sens à nombre de domaines de connaissances et n’a rien à voir avec une discipline autonome constituée. En clair, la révolution de l’intelligence artificielle n’est pas isolée et s’accompagne de multiples autres (r)évolutions. A commencer par celle de l’économie de plateforme portée par les GAFA qui, comme évoqué plus haut, ont pris un pouvoir considérable dans le business de l’IA. A noter par ailleurs que les actuels leaders mondiaux de l’AI sont aussi ceux du secteur des neurosciences et des biotechnologies. Google a par exemple créé une douzaine de sociétés destinées à lutter contre les principales maladies contemporaines. Ainsi, la problématique de l’IA ne peut être circonscrite à son propre développement, mais doit au contraire être étendue à celui de toutes les technologies qui vont permettre le développement de l’intelligence sous toutes ses formes, notamment celle de l’intelligence biologique. A terme, c’est bien l’industrialisation de toutes ces intelligences qui est en question.

Remobiliser les énergies humaines autour du numérique

Aussi les industriels et les grands groupes mettent-ils les bouchées doubles. C’est comme on l’a vu, le cas des GAFA qui jusqu’alors présents sur la partie soft du marché de l’IA, investissent désormais massivement sur le hardware. « Google travaille par exemple sur une nouvelle puce intelligente utilisant désormais une architecture de circuit électronique en 3D tandis que Microsoft joue la carte de l’Open source et s’associe avec Qualcomm pour investir sur des systèmes terminaux – notamment les caméras – qui deviennent réellement intelligents », poursuit David Menga. Et comme l’évoquait Xavier Dalloz en début de conférence, ce n’est qu’un début, l’histoire de l’intelligence artificielle ne faisant que débuter… « Après l’âge des algorithmes traditionnels, nous entrons dans le deuxième âge de l’IA, celui du “deep learning” », confirme ainsi Bruno Maisonnier, CEO de Another Brain et d’Aldebaran, qui succède à David Menga à la tribune. Rappelons au passage que le deep learning est par exemple ce qui permet à l’intelligence artificielle de faire de meilleurs diagnostics qu’un médecin ou à une voiture de se déplacer sans conducteur. Le troisième âge de l’IA se profile déjà à l’horizon et verra l’émergence d’une intelligence artificielle capable de transversalité, c’est-à-dire capable de remplacer un médecin, non plus seulement dans le diagnostic, mais également dans la dimension relationnelle avec le médecin. Les experts envisagent déjà un quatrième âge, celui d’une intelligence artificielle forte, car doté – comme l’être humain – d’une conscience d’elle-même et de la capacité d’élaborer un projet sans intervention humaine… D’ici là – à horizon 2040 selon les spécialistes –, « l’IA devrait détruire 50 % des emplois existants aujourd’hui », avertit le numéro un d’Aldebaran.
D’où la question posée par Christian Renard, fondateur d’Aximark : « le rythme des innovations sur le secteur de la Tech n’est-il pas trop rapide, ne laisse-t-il pas l’être humain sur le bord de la route et ne faudrait-il pas (re)mobiliser les énergies humaines autour du numérique ? ». Et de poursuivre, « Les GAFA ont redéfini l’être humain et ses habitudes de vie, mais dans une vision “courtermiste”. Autrement dit, nous avons digitalisé l’existant en oubliant le futur ».

Gaga de la data ?

Se pose ainsi aujourd’hui la question des data produites par les outils numériques depuis une trentaine d’années et plus particulièrement celle de leur utilisation… Au fil des ans, ces données se sont multipliées jusqu’à devenir des mégadonnées ou Big Data. La plupart des sociétés ont depuis quelques années mis en place des stratégies adaptées pour utiliser le Big Data afin de proposer de nouvelles expériences clients aux consommateurs. A commencer par des méthodologies précises permettant de recueillir, de stocker et d’analyser ces précieuses mégadonnées. En effet, si l’analyse des informations recueillies apparaît souvent comme l’étape la plus importante, celle concernant leur collecte n’est pas à négliger. Le flux (très) important de données peut en effet présenter un risque pour l’entreprise. Il est donc essentiel de sélectionner les informations les plus importantes – les Right Data – afin d’optimiser la pertinence de l’information, mais également leur stockage. L’architecture de stockage des données de l’entreprise doit être ainsi repensée, et les capacités de stockage augmentées. Rappelons ainsi que, à l’image du cloud computing****, de nombreuses nouvelles technologies sont mises en place à cet effet dans les grands groupes. Une bonne pratique pour optimiser l’espace de stockage est, par exemple, la création d’une zone de transit qui permet de stocker transitoirement les nouvelles données, pour déterminer dans un second temps les Right Data qui doivent être stockées durablement.
Une fois retenu le type de mégadonnées réellement utiles à l’entreprise, la Big Data permet l’adaptation ou la mise en place de stratégies nouvelles pour le marketing de l’entreprise. Pour rappel, elle permet entre autres l’analyse comportementale en temps réel afin de favoriser la promotion multicanal et d’influencer le comportement du consommateur (offres promotionnelles, ciblage géolocalisé, etc.) et l’analyse segmentaire afin de mieux cibler et mieux identifier les prospects.

Hyper personnalisation de l’offre versus RGPD

Bref, on l’aura compris, une stratégie Big Data soigneusement et méthodologiquement mise en place, présente de nombreux avantages pour l’entreprise. Sauf que le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) dont l’objectif est d’harmoniser le droit européen en matière de protection des données personnelles, s’applique en France depuis mai dernier et pourrait bien changer la donne en la matière… Dans l’immédiat, la règlementation ne bouleverse pas les principes généraux relatifs aux modalités de collecte et de traitement des données que nous connaissions jusqu’alors : les fondements juridiques permettant le traitement des données, le consentement, la durée limitée de conservation des données à caractère personnelle, etc. La nouvelle réglementation n’en crée pas moins de nouvelles obligations pour toutes les personnes physiques ou morales, les autorités publiques, les services ou tous organismes amenés à collecter des données à caractère personnel (voir encadré).
Dans l’immédiat, le Big Data continue à être utilisée dans tous les secteurs d’activité, y compris celui du tourisme pour lequel Xavier Dalloz s’est rapproché de Sophie Lacour, responsable de Quantstreams et experte en prospective Tourisme, afin de créer récemment une mission CES spécifique à ce marché. « Rappelons que le tourisme est la première industrie mondiale et qu’en France, le secteur pèse pour près de 6 % du PIB », confirme ainsi cette dernière. A secteur porteur, mégadonnées de valeur… Les volumes de données exploitées par les intervenants du tourisme sont tels qu’ils servent des innovations que l’on pourrait qualifier de disruptives. « La very Big Data permet aux prestataires de se lancer dans le “prédictif”, soit la possibilité d’exploiter les data du consommateur ciblé et de lui proposer – avant même qu’il n’y songe lui-même ! – les destinations collant parfaitement à son profil », poursuit Sophie Lacour. Ainsi, l’hyper personnalisation des offres n’a-t-elle plus de limites. Sur la tendance Internet of Me évoquée plus haut, l’imprimante 3D offre de nouvelles possibilités sur le secteur de l’hôtellerie. « Une nouvelle génération d’imprimantes permet en effet aux établissements de personnaliser – avec la création et l’impression d’objets dédiés – une chambre en fonction de la personnalité du client », ajoute l’intervenante.
Mais la Tech – et notamment le Big Data – peut également servir des causes moins commerciales, voire humanitaires… C’est ce vers quoi peut tendre la data dans certains cas et notamment lorsqu’elle utilise le blockchain, technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée et qui par extension, constitue une base de données contenant l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette technologie – parmi d’autres – est exposée en fin de matinée par Marion Labouré du département économique de l’université d’Harvard lors de son intervention sur l’impact de la technologie sur nos économies.
L’intervenante défend le blockchain notamment en tant qu’outil susceptible de réduire les inégalités entre les personnes, voire entre les pays. Rappelons que le mathématicien Jean-Paul Delahaye prend lui aussi parti pour cette technologie qu’il décrit comme « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible ». Il peut aussi s’apparenter à un grand livre comptable public, anonyme et participatif. « Cette technologie a par exemple été utilisée par les Nations Unies l’an dernier en Jordanie afin de gérer l’accueil de quelque 600 000 réfugiés syriens dans le pays », conclut ainsi Marion Labouré. Comme quoi la Tech et notamment les data – lorsque leur traitement ne génère pas d’abus – peuvent contribuer à rendre le monde meilleur… •

* Internet des objets.
** Google, Apple, Amazone, Facebook.
*** concept qui va au-delà de l’Internet des objets et tend vers l’ultra personnalisation des appareils connectés pour le consommateur.
**** Le cloud computing ou “informatique en nuage” est une infrastructure dans laquelle la puissance de calcul et le stockage sont gérés par des serveurs distants auxquels les usagers se connectent via une liaison Internet sécurisée.