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FAB14 : Rendez-vous avec l’innovation de rupture

Écrit par Jean-Claude Djian Le 7 août 2018. Rubrique A la découverte de

20180807 Drapeau Fab14

Du 16 au 20 juillet s’est tenu à Toulouse le FAB14. Cette conférence internationale du réseau des Fab Labs fut l’occasion pour les professionnels du secteur du numérique d’échanger sur la thématique “fabriquer la résilience”. Comment adapter notre société urbaine aux changements technologiques et écologiques ? Plongée dans l’avenir numérique.

La ville rose a accueilli la 14e édition de la plus importante réunion internationale dédiée aux Fab Labs et à la fabrication numérique au Centre des congrès Pierre Baudis. Comme chaque année, les 1 000 membres du réseau mondial des Fab Labs et leurs partenaires se sont réunis pour partager, discuter, collaborer et créer des communautés sur les sujets de l’innovation, de la fabrication numérique, des technologies et de leurs impacts économiques et sociaux.
Ce rendez-vous incontournable fut l’occasion pour les “makers” (les “bidouilleurs”) de quelque 500 Fab Labs internationaux d’assister à des conférences et d’échanger autour de 5 thématiques : L’Alimentation, la Mobilité, les Machines qui fabriquent des machines, la Monnaie et l’Accès à la connaissance.
Durant 5 jours, les professionnels ont pu participer à une cinquantaine d’ateliers et s’initier à la fabrication numérique avec des imprimantes 3D, des découpeuses laser, mais aussi à la conception d’objets connectés, à la fabrication d’un porte-monnaie numérique, au pilotage de drones ou encore au tissage sur des petits métiers fabriqués numériquement. “Do It Yourself”. Tel est le leitmotiv que les makers ont mis en pratique durant le FAB14.

Le FAB14 Festival

Cette effervescence et cet apprentissage, le grand public a pu les découvrir les 21 et 22 juillet durant le FAB14 Festival organisait par le Fab Lab toulousain Artilect.
« L’idée du festival est de permettre à chacun de manipuler et de fabriquer soi-même des objets et des prototypes pendant les ateliers. On apprend à tout âge et tout au long de la vie », souligne Nicolas Lassabe, Co-fondateur et Président d’Artilect Fab premier Fab Lab né à Toulouse en 2009. Durant ce week-end, près de 15 000 personnes ont pu découvrir et essayer les innovations des Fab Labs.
Le FAB14 a été organisé par Artilect en collaboration avec le Center for Bits and Atoms du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et la Fab Foundation.
Pour monter cette manifestation, les organisateurs s’y sont pris à l’avance. Comme l’affirme Nicolas Lassabe : « Nous avons été candidats officiels il y a deux ans, mais en amont nous avons commencé à faire des Fab conférences qui ont eu pour but de regrouper le réseau français. Depuis 2015 nous organisons chaque année un Fab festival. Le dernier, en 2017, a regroupé près de 9 000 personnes ».

La région occitane à l’honneur

Il était normal que Toulouse organise le FAB14. La région bénéficie d’un écosystème numérique et d’innovation important. De plus elle a été labellisée Fab Région (la seule en France) par la Fab Foundation. Un label partagé par une trentaine de métropoles internationales dont Paris, Barcelone, Amsterdam ou Boston.
Le mode collaboratif des Fab Labs intéresse les industriels. Pour preuve, Airbus, Thales, Renault et Continental, grandes entreprises locales se sont en associées au FAB14 et cherchent à s’inscrire dans ce mouvement des makers. « Airbus a lancé son Fab Lab : le “ProtoSpace”. Nous sommes présents pour préparer le futur et relever les défis des nouveaux modes de mobilité », explique Denis Descheemaeker, Directeur des technologies et concepts émergents chez Airbus Resarch & Technology.

Fabriquer la résilience

Tel fut le thème générique du FAB14. Donnons une définition simplifiée du concept de résilience : disposer de l’autonomie nécessaire pour reconstruire après un choc extrême. La résilience concerne aussi bien les états, les entreprises que les citoyens. Comment construire la ville de demain ouverte au changement, productrice, durable et circulaire ? En conférence, Tomas Diez, Directeur du Fab Lab de l’Institut for Advanced Architecture de Barcelone, rappelle que « la puissance dans le monde numérique vient de la connaissance. Ce principe, les GAFAM l’ont parfaitement intégré. » Il pose à la salle une question : « Existe-t-il une résilience réelle lorsque le fonctionnement de l’espace numérique dépend de quelques géants ? » Pour mesurer l’ampleur du phénomène, rappelons que les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) pèsent près de 3 000 Mds USD de capitalisation (dépassant le PIB de la France) pour un chiffre d’affaires proche de 600 Mds USD en 2017 (dépassant le PIB de la Suède).

Définir les Fab Labs

Diminutif de Fabrication Laboratory, les Fab Labs sont des ateliers de fabrications d’objets ouverts à tous. Qu’ils soient entrepreneurs, designers, bricoleurs, étudiants ou simples particuliers intéressés par la démarche, des outils numériques, des machines, du matériel informatique et électronique sont mis à leur disposition pour faciliter la réalisation de leurs projets. Tout se fait sous la houlette de makers bienveillants qui sont présents pour leur faciliter la tâche.
C’est l’américain Neil Gershenfeld, professeur du Center for Bits and Atoms du Massachusetts Institute of Technology (MIT) qui a lancé le concept des Fab Labs à la fin des années 1990. Il s’est inspiré de la manière de travailler des hackers avec les ordinateurs.

Bientôt 1 million de Fab Labs

Lundi 16 juillet, premier jour du FAB14. C’est ce même Neil Gershenfeld qui fait l’ouverture de la réunion internationale. « Aujourd’hui il y a 1 000 Fab Labs reconnus par la Fab Foundation. Nous devrions atteindre le million au cours des dix prochaines années. Mais à ce moment, prévient-il, il faudra tout repenser, car tout ce que nous avons appris pour 1 000 Fab Labs ne fonctionnera pas pour 1 million de Fab Labs. Ce challenge, je compte sur vous pour le réussir. » Le réseau international des Fab Labs associé avec la Fab Foundation sera obligé de gérer cette croissance exponentielle. Pour les makers, l’avenir passera par cette nouvelle révolution.

Réinventer la mobilité

Mardi 17 juillet, deuxième jour du FAB14. Le thème de la mobilité connectée est à l’ordre du jour. Quels nouveaux moyens de transport utiliserons-nous à l’avenir ?
Boyd Cohen, Fondateur de IoMob, une start-up pour décentraliser le secteur de la mobilité grâce à l’Internet de la Mobilité (IoM), a expliqué qu’il y avait deux approches parallèles qui émergent des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, la mobilité en tant que service ou MaaS (Mobility as a Service) est un concept qui prend de l’ampleur. « Il permet aux utilisateurs de s’inscrire par abonnements mensuels. Bientôt ils pourront organiser des voyages intermodaux en réservant un vélo à un arrêt de transport en commun, puis enchaîner par du covoiturage. Le tout dans une seule application. » Aux États-Unis, l’avenir passe par la mobilité à la demande (MOD). Les fournisseurs peuvent inclure des modes partagés, entre transport public et solutions de transport émergentes comme les taxis aériens ou les livraisons aériennes par drones.  
Du côté d’Airbus, d’Audi et d’Italdesign, l’avenir passe par le Pop-Up, sorte de taxi drone dont le prototype a été présenté au dernier salon automobile de Genève. « Pour éviter les embouteillages, nous avons prototypé un système de navette modulaire composée d’une capsule pouvant accueillir deux passagers ; un châssis quatre roues à propulsion électrique et un module aérien à huit rotors électriques. En fonction des besoins de déplacement, la capsule pourra se transformer en voiture électrique ou en drone à pilotage autonome », explique Denis Descheemaeker.
Durant le FAB14, il a organisé un drone challenge avec Renault, Continental et Thales. Les ingénieurs ont fabriqué avec des petits kits des drones et les ont fait voler en les dirigeant avec une manette et un casque virtuel. Une occasion de découvrir des candidats à l’innovation disruptive (de rupture) très utile pour mettre au point des projets futurs.
L’exemple d’Airbus a été suivi par Boeing. En janvier dernier, l’avionneur a annoncé sa volonté de créer une société commune avec l’équipementier automobile américain Adient. Aujourd’hui, la nécessité pour les acteurs de l’aéronautique de baisser les coûts n’a jamais été aussi forte. Cette situation conditionne au passage le développement des taxis volants : le marché pourrait représenter entre 20 000 à 30 000 véhicules à l’horizon 2030.

Les futures machines des Fab Labs

Mercredi 18 juillet, troisième jour du FAB14 autour du thème “Machines make machines”.
Il n’y a pas de Fab Lab sans machines. Parmi celles que l’on trouve dans les espaces de travail communautaire, il y a la découpeuse laser, la découpeuse vinyle, l’imprimante 3D, la fraiseuse CNC… Les makers ont fait évoluer les machines et aujourd’hui, certains ateliers se sont équipés en imprimantes céramiques et en bio-imprimantes. On sait désormais imprimer en 3D avec de la céramique, du cuivre, du bronze, du béton, mais aussi avec des microbactéries ou même du graphène, un matériau plus léger que l’air. La découpe laser commence à se faire supplanter par la découpe à jet eau et par la découpeuse plasma, plus rapides et plus précises.
Les machines autorépliquantes sont à la source même de l’histoire des Fab Labs, avec notamment la RepRap (Replicating Rapid Prototyper), imprimante 3D, conçue en 2005 à l’université de Bath en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, la RepRap ne concerne plus seulement les imprimantes 3D, mais aussi des fraiseuses, et s’inscrit dans le mouvement de l’open hardware, de sorte que l’ensemble des technologies sont développées selon les principes des ressources libres. En deux mots, elles appartiennent à l’ensemble de la communauté et chacun peut en disposer librement.
Lors de la conférence Machines make machines, Alfredo Zolezzi, CEO de la AZF Foundation, expert en innovations technologiques appliquées, a présenté un purificateur d’eau à particules de plasma. Cette machine, de taille moyenne, peut désinfecter 35 litres d’eau en cinq minutes. Ce système consiste à injecter de l’eau dans une chambre de réaction où il atteint l’état de plasma à travers un champ électrique de haute intensité. Le contenu microbiologique de l’eau est ensuite éliminé par oxydation, ionisation et rayonnement UV.  « Dans notre dernier test, la procédure plasma a tué 100 % des bactéries. Le système qui a été utilisé dans un bidonville chilien a amélioré la santé de la population et leur a redonné de la dignité. » Airbus, qui présentait le purificateur d’eau à plasma sur son stand, espère, dans un proche avenir, embarquer la machine sur certains de ses vols.

Les crypto-monnaies. L’alternative à l’économie monétaire

Jeudi 19 juillet, quatrième jour du FAB14. Economie & Monnaie voilà le thème dont tout le monde parle. Si la production collaborative et innovante les Fab Labs sont une alternative à la production industrielle normalisée, les crypto-monnaies ouvrent des perspectives nouvelles à l’économie circulaire de l’argent. C’est ce qu’on appelle la blockchain qui s’intègre dans un système collaboratif remplaçant le système bancaire en place depuis des siècles. Lors de la conférence, Jaya Klara Brekke, chercheur en digital strategy a présenté l’intérêt de la blockchain : « Avec les crypto-monnaies on ne regarde plus l’argent comme on le fait avec le dollar ou l’euro. En utilisant les monnaies alternatives, comme le bitcoin, l’ethereum ou le faircoin, on essaye de penser à la manière de faire évoluer les ressources selon les besoins de la communauté. » Jaya Klara Brekke pose un regard critique sur le système bancaire traditionnel : « Aujourd’hui on crée de l’argent en générant de la dette. C’est une pression constante sur la croissance. Une telle situation obère nos ressources pour l’avenir. » Le système monétaire alternatif colle parfaitement avec les préceptes des Fab Labs qui produisent au sein du réseau en open source en générant des échanges économiques en dehors du système traditionnel. « Ce qu’il y a d’intéressant avec la blockchain c’est qu’on peut utiliser différents outils alternatifs en termes de monnaie, de propriété ou de contrats », précise Jaya Klara Brekke.
Les crypto-monnaies apportent un souffle nouveau sur le système bancaire traditionnelle. Repenser les échanges économiques en donnant une chance pour que la communauté se développe sans thésauriser et sans faire un emprunt, voilà une vision pour le moins libertaire de la société. Dans l’attente du grand soir, il était possible de participer à un workshop qui permettait de fabriquer son propre porte-monnaie sécurisé avec des clés de chiffrage. Une bonne manière de comprendre les transactions sur la blockchain.

Partager le savoir du local vers le global

Vendredi 20 juillet, cinquième jour du FAB14. L’accès au savoir est le dernier volet des thématiques. Grâce à internet et aux NTIC, l’information se collecte à tout moment. Ainsi s’est généralisé l’accès à l’éducation, à la santé, aux données, aux services publics, aux technologies, à l’énergie… Autant de systèmes aux produits et programmes en open source. Permettre à tous et gratuitement d’apprendre, de fabriquer à un niveau local et de partager ce savoir le plus largement possible à un niveau global. Un beau challenge que veulent faire reconnaitre les Fab Labs et leurs makers comme nous l’a confié Sherry Lassiter CEO de la Fab Foundation : « Il est important que des programmes initiés localement puissent trouver des soutiens gouvernementaux et des partenaires industriels, car il est nécessaire que ces initiatives émergent à un niveau global pour faire bouger les choses… Je ne suis pas en train de dire que nous allons pouvoir changer le monde, mais nous pouvons contribuer à faire évoluer les choses dans le challenge global du monde moderne. Nos valeurs de partage des connaissances doivent être mieux comprises du grand public. Le réseau des Fab labs se développe et évolue de façon organique de la base vers le sommet. Nous partageons les pratiques locales et peu à peu elles évoluent et deviennent des exemples pour tous. Le pouvoir est dans cette croissance, dans le peer to peer avec des connections qui vont du local vers le global. »
L’avenir passe par les innovations et les makers des Fab Labs présents lors du FAB14 font tout pour faire évoluer le monde en permettant à chacun de faire, d’apprendre et de partager. Un message que bon nombre d’industriels ont compris et qu’ils reprennent. C’est notamment le cas d’Airbus. L’avionneur a ouvert en 2013 à Toulouse son premier Fab Lab “le ProtoSpace”. Cet espace d’innovation, doté d’une plateforme de prototypage rapide, permet de promouvoir et d’accélérer l’innovation auprès de l’ensemble des salariés du groupe. Il a ainsi initié des actions dans le domaine de la diversité et du handicap. Des makers d’Airbus ont ainsi développé au sein du ProtoSpace des prothèses en open source.
Un exemple que d’autres industriels, qu’ils soient dans l’outillage, le blanc, le brun ou gris peuvent suivre. C’est ainsi que se créeront des idées disruptives et innovantes. Comme l’a été en son temps l’aspirateur sans sac de James Dyson. Ces innovations de rupture faciliteront la création de nouveaux produits. Produits qui sauront trouver leur public.•