JDC Jardin 2019 Banniere
20181030 interzun guangzhou
20180410 bricoscopie logo 20180410 jardiscopie logo 20180410 negocescopie logo

Maker Faire Paris : Une ode à la transmission

Écrit par Deborah Koslowski Le 18 janvier 2019. Rubrique A la découverte de

20190118 Maker Faire ParisC’est au cœur de la Cité des sciences et de l’industrie que, pour la deuxième année consécutive, s’est déroulée, fin novembre, la 5e édition de Maker Faire Paris. L’occasion, pour les aficionados du “faire soi-même” de tout âge, professionnels et particuliers, de partager petits mots et bonnes astuces.

Le temps d’un week-end, un riche tohu-bohu s’est emparé de cet incontournable lieu de la vulgarisation scientifique pour petits et grands. La Cité des sciences et de l’industrie a accueilli, dès le 23 novembre dernier, une nouvelle édition de Maker Faire Paris. Clou de la tournée de cet événement d’envergure - Maker Faire étant une manifestation se déroulant dans plus de 240 villes du monde, de New ­York à Tokyo, en passant par Rome, Lisbonne, Singapour ou Oslo - le rendez-vous parisien - lors duquel, 800 exposants, venus des quatre coins du monde, et adeptes du “faire soi-même”, ont fait des 8 000 m² d’exposition disponibles, leur terrain de jeu - a reçu plus de 7 000 élèves, du CP à la Terminale, dès l’ouverture de ses portes. Des invités, curieux, venus pour “apprendre par le faire”, a détaillé Christophe Raillon, Directeur Maker Faire France. « Si le public de Maker Faire est davantage scolaire et familial, nous devons recevoir près de 20 % d’entreprises, qui viennent ici avec leurs collaborateurs. Celles-ci viennent pour s’immerger dans la culture maker », a-t-il, par ailleurs ajouté, annonçant que « cette année, 20 000 visiteurs étaient attendus, contre 15 000 l’année passée ».

ZAAERA&AATYHFCC Culture maker

Pourquoi un tel engouement pour ce festival, né en Californie - en 2006 - sous l’impulsion de Dale Dougherty, cofondateur de Make Magazine, et qui accueille (notamment dans l’Hexagone) un peu plus de monde chaque année ? Sans doute parce que, d’une part, l’artisanat est la première entreprise de France, avec 3,1 millions d’actifs sur le territoire, pour 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires générés, en 2017, selon l’APCMA. Ce qui pourrait expliquer la raison pour laquelle ce mouvement n’a eu aucun mal à trouver sa place, ici. D’autre part, les générations actuelles, grâce - entre autres - à l’avènement d’Internet et aux politiques écologiques, sont de plus en plus sensibilisées au respect de l’environnement, et à la consommation responsable. « Maker, c’est un état d’esprit, une philosophie de vie », a tenu à rappeler le Directeur France de l’événement. « Ce sont des personnes, comme vous et moi, curieuses, et qui ont décidé de reprendre la main sur leur façon de vivre, et de consommer. Elles sont actrices, et ferventes défenderesses du système de “test and learn” ». Au regard de cette tendance - qui repose, également, sur le partage de la connaissance et des outils nécessaires à la fabrication - échouer n’est, en effet, qu’un pas de plus vers le succès.
Plus qu’un mouvement, il s’agit, donc, d’une véritable culture qui concernerait, aujourd’hui dans le pays, 11 millions de personnes, dont 38 % de moins de 35 ans. 26 % des Français sondés ont déclaré - à la suite d’une étude de Leroy Merlin, avec l’ObSoCo, devant dresser le portrait de ces “makers” -  avoir, au cours des 12 derniers mois, conçu, fabriqué, transformé, personnalisé ou réparé des objets (meubles, objets décoratifs, PEM, téléphones, robots, etc.). Des bricoleurs, inventeurs, ou concepteurs-rêveurs qui ne s’identifient pas encore, spontanément, comme étant des “makers” : seuls 14 % d’entre eux, connaissant le terme, revendiquent faire partie de cette communauté.

Economie circulaire et partage

L’un des grands enjeux des makers est l’économie circulaire. Il vaut mieux réparer plutôt que jeter. Ils ont, d’ailleurs, pour formule originelle : « Si tu n’ouvres pas les produits, si tu ne sais pas ce qu’il y a dedans… alors, tu ne les possèdes pas », a approfondi Christophe Raillon. Le Maker Faire est un événement qui s’ancre tellement dans cette tendance de fond - qu’est la réparabilité des produits - que, l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie), qui en était le partenaire cette année - aux côtés d’enseignes comme Leroy Merlin et Boulanger - l’a désigné comme étant l’une des actions remarquables de la Semaine Européenne de la Réduction des Déchets (du 17/11/2018 au 25/11/2018).
Et, pour concevoir ou réhabiliter des biens, il faut simplement oser faire… sans s’offusquer de ne pas réussir dès la première tentative. Confier ses déboires, échanger avec des personnes plus aguerries, et partager ses expériences sont les clés vers la réussite. Afin de discuter et de partager leurs connaissances, les adeptes de cette mouvance se retrouvent aussi bien “IRL” (“in real life“, qui signifie “dans la vraie vie”), à l’occasion de rendez-vous comme les Maker Faire ou dans les fablabs, TechShop, et Ateliers Leroy Merlin (où des machines industrielles sont mises à disposition des usagers), que sur la Toile. La plateforme digitale iFixit, “plus grand manuel au monde pour la réparation de produits”, marketplace pour pièces détachées et outils créée en 2010, réunit - de nos jours - de nombreux makers. « Elle rassemble des consommateurs qui vont - notamment - ouvrir des appareils dans le but de réaliser des tutoriels complets en open source, et les partager au plus grand nombre », a explicité le Directeur de Maker Faire France. Des individus que ce genre d’activité rend fiers : « fabriquer quelque chose avec ses mains, peu importe la beauté du résultat, c’est valorisant. Cela permet de se réaliser en réalisant des choses. Les makers sont aussi là pour donner de la confiance en soi. »

Agilité d’entreprise

Ludique et inclusif, le mouvement maker est à la portée de tous. « Il permet d’additionner les savoir-faire manuels - de l’artisanat notamment - à la culture numérique, et au monde de l’entreprise », a témoigné Christophe Raillon, estimant, par ailleurs, que : « cette démarche apprenante et itérative, qui offre la possibilité de passer rapidement à l’action, à le pouvoir de donner de l’agilité aux professionnels. » Un point de vue corroboré par Mathilde Berchon, Directrice de la communication chez TechShop, lors de la conférence intitulée : Comment les makers transforment l’entreprise ?
Selon celle-ci, l’influence positive des makers sur le monde professionnel peut se résumer en 10 mots- clés : Faire, Apprendre, Intraprendre, Encapaciter, Collaborer, Itérer, Déconstruire, Penser local, Upcycler, et Ouvrir. Ou comment, par l’action d’innover en s’amusant, tout un chacun peut (re)prendre confiance en lui, monter en compétences, évoluer et faire évoluer, s’améliorer, se responsabiliser, et devenir garant de l’économie circulaire. « Nous nous demandons toujours : “quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?” ; jamais : ”quels enfants allons-nous laisser à notre planète ?” Derrière le mouvement maker, la volonté de faire grandir l’humanité et, in fine, les entreprises », a, par ailleurs, conclu le Directeur Maker Faire France… déjà en pleine préparation du Maker Faire Lille, qui se déroulera les 1, 2 et 3 mars 2019. n

20181210 aod1