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Conférence Malakoff-Médéric : SilveRevolution, un enjeu majeur pour les entreprises

Écrit par Renaud Parquet Le 17 août 2017. Rubrique Repères bricolage

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Les plus de 65 ans représentent aujourd’hui 18 % de la population française. Demain, en 2030, ils seront 23 %. Tous aspirent et aspireront à mener, à tous âges, une vie “normale”, à avoir des projets et à les réaliser. Un beau défi pour les entreprises !

Le vieillissement de la population est inéluctable. Nos concitoyens vivent plus vieux. Plus nombreux, ces plus de 65 ans seront aussi différents en matière d’origine sociale, de logement, d’environnement familial et d’état de santé. Parce que les enjeux économiques et sociaux de ce « choc démographique » sont essentiels, Malakoff-Médéric, acteur majeur de la protection sociale et, en particulier, de la retraite complémentaire, a voulu faire le point sur cette SilveRevolution au cours d’une conférence qui s’est tenue le 14 mars 2017.
« Nous nous devons de participer à la solidarité intergénérationnelle, explique Thomas Saunier, Directeur général de Malakoff-Médéric. Car ce vieillissement de la population entraîne trois enjeux importants : d’abord, l’allongement de la vie professionnelle ; ensuite, la problématique des aidants salariés ; enfin, l’adaptation des offres de produits et de services. Car la question est de savoir si les entreprises françaises ont conscience de cette évolution annoncée du profil de leurs clients, donc de leurs attentes, et s’y préparent-elles ou pas ? ».

Plus nombreux, mais pas plus vieux !

Ce changement quantitatif est lié à la baisse de mortalité et à la prolongation de la vague du baby-boom qui a commencé à arriver à l’âge de la retraite en 2005. Des changements qualitatifs sont aussi intervenus en matière d’origine sociale, de logement, d’environnement familial et d’état de santé. Globalement, la population des personnes âgées de plus de 65 ans devrait passer de 12 millions en 2015 à 16 millions en 2030, soit une augmentation de 33 % en seulement 15 ans.
« Les changements seront plus importants pour les hommes que pour les femmes, souligne Hervé Le Bras, démographe. Le nombre de ces dernières passerait de 6,9 millions en 2015 à 9 millions en 2030, soit 30 % de plus. Sur la même période, le nombre des hommes âgés passerait de 5,1 millions à 7 millions, soit 37,5 % de plus. Ceci est dû au ralentissement de la baisse de mortalité des femmes alors que celle des hommes se poursuit à un rythme rapide qui fait diminuer l’écart encore important les séparant de leurs compagnes. Quant à l’âge moyen, il passera de 76 à 77 ans. Il y aura plus de personnes âgées, mais elles ne seront pas plus vieilles ! ».
Les changements structurels importants toucheront surtout la population masculine. Les contrastes s’accentueront entre les différentes classes d’âge. L’isolement des hommes âgés augmentera nettement. Actuellement, un homme âgé sur quatre vit seul dans son logement. En 2030, ce sera un homme sur trois. Entre 65 et 80 ans, l’origine sociale des personnes âgées en 2030 ne variera pas selon l’âge. Mais à partir de 80 ans, apparaîtra un écart croissant entre les proportions de retraités-cadres et de retraités ouvriers, les premiers augmenteront de 17 à 32 % quand les seconds diminueront de 34 à 15 %.

La solitude plus que la pauvreté
La situation familiale sera très contrastée selon l’âge et le sexe. Alors que, quel que soit leur âge, un tiers des hommes vivront isolés, les femmes seront près de 50 % dans ce cas. Jusqu’à 90 ans, plus de 50 % des hommes seront encore en couple alors qu’à cet âge, seules 14 % des femmes auront un conjoint, l’écart d’âge des conjoints et la surmortalité des hommes en étant la cause. Autre enseignement intéressant, le revenu moyen d’un retraité est légèrement supérieur à celui d’un actif. Et il pourrait le rester, ce qui permet aux personnes âgées de consacrer un budget important à leur santé. Parallèlement, le risque de pauvreté est en léger recul, à politique sociale constante. « Alors que 40 % des personnes de plus de 70 ans étaient au-dessous du seuil de pauvreté en 1962, elles ne sont plus que 12 % dans ce cas en 2015, constate Hervé Le Bras. Autre exemple, en 1968, 2,7 millions de personnes étaient au minimum vieillesse, contre 580 000 aujourd’hui, alors que l’évolution de ce minimum a été plus rapide que celle du niveau de vie. L’évolution année par année depuis l’an 2000 laisse prévoir une légère baisse de la pauvreté aux âges élevés. Cela est dû à la hausse importante de l’activité féminine (50 % de femmes actives entre 35 et 55 ans en 1962, pour 85 % en 2015), et donc à une proportion plus importante de femmes percevant une pension de retraite ».

Les vieux, des consommateurs comme les autres !

Voilà pour le “bilan” démographique et sociologique pour les années à venir. Comment la société française peut-elle s’adapter à cette évolution ? Faut-il y voir une contrainte ou bien une opportunité ? « Etre optimiste fait gagner 10 ans d’espérance de vie ! », plaisante sérieusement Serge Guérin, sociologue. Les seniors ont déjà de nouveaux modes de vie et de consommation. Ils ont aussi de nouvelles attentes et ils aspirent à mener une vie normale : continuer à vivre chez eux, à prendre soin de leur santé, à faire leurs courses, à avoir des loisirs, à voyager, à conduire... En bref, à avoir des projets et à les réaliser.
« Ces plus de 65 ans sont aussi des acteurs majeurs de l’économie, des consommateurs de biens et de services pour eux-mêmes, et pour leurs enfants et leurs petits-enfants, constate Serge Guérin. Quelque 30 % des jouets sont achetés par des seniors ! ». En conséquence, les entreprises doivent pouvoir répondre à cette évolution des situations, des besoins et des envies de personnes de plus de 65 ans qui entendent bien rester intégrées dans la société. Pour que la société française soit inclusive pour ces personnes, il faut aussi favoriser les passerelles et les liens entre les générations.
« Il est temps de changer de regard sur les seniors, estime Serge Guérin. Ils ne sont plus les mêmes qu’il y a trente ou quarante ans et ils sont tous différents entre eux. Il faut donc penser davantage en termes de style de vie que d’âge. Les seniors ne sont pas tous vieux et malades dépendants, ou riches et technophiles ! Entre ces deux extrêmes, toutes les nuances existent. Il est donc nécessaire d’adapter les réponses aux différents types de publics ». D’autant qu’ils sont des acteurs sociaux majeurs ! Notre sociologue d’indiquer qu’ils consacrent 23 millions d’heures par semaine à leurs petits-enfants. « C’est cette solidarité qui fait tenir le pays, affirme Serge Guérin. Et ils sont la trame du tissu associatif, très riche en France. Ils représentent aussi 50 % des 8 millions d’aidants et 31 % des maires du territoire… »

Un enjeu important pour les entreprises

Pour les entreprises en général, le temps est venu de passer de la prise de conscience du sujet à l’action. « Si 60 % des dirigeants pensent que la population française sera plus âgée, 63 % estiment qu’en 2030, les consommateurs seront différents de ceux d’aujourd’hui, dévoile Jean-Daniel Lévy, d’Harris-Interactive, d’après une enquête réalisée pour Malakoff-Médéric en janvier 2017. La quasi-totalité d’entre eux juge que c’est un enjeu important, voire très important ». Curieusement, les chefs d’entreprises appréhendent le vieillissement de la population essentiellement sous l’angle de la perte d’autonomie. Pour autant, ils considèrent que les secteurs de la vie quotidienne (mobilité, tourisme, habitat, banques/assurances...) comme des enjeux moins fondamentaux.
Sept dirigeants sur dix considèrent que le vieillissement de la population est un enjeu important pour leur propre entreprise, tout en jugeant à 60 % qu’il sera difficile pour les entreprises de l’anticiper, et à 65 % qu’il sera difficile d’y répondre de manière adaptée. Seulement 28 % des dirigeants déclarent avoir déjà développé une stratégie pour s’y adapter au cours des prochaines années, alors que près des deux tiers estiment qu’il faudrait le faire. « Les dirigeants d’entreprises estiment que le vieillissement démographique va poser plus de difficultés à l’économie française en général (56 %) qu’à leur propre entreprise (21 %) », fait remarquer Jean-Daniel Lévy.

Des solutions se mettent en place

Des réflexions sont en cours pour faire émerger des idées et des solutions innovantes pour adapter l’offre des entreprises à ces consommateurs. Pour Carrefour, bien plus qu’aider seulement à bien vieillir, l’enjeu de l’enseigne est de permettre à tous de mieux vivre et mieux se nourrir au quotidien. Comment ? En étant le référent alimentaire engagé multiformat et omnicanal au service de tous, grâce à une offre de qualité plus large autour de 2 axes : Vie saine et Bien-être. Saint-Gobain Habitat a conçu et réalisé une maison Multiconfort sérénité, concept d’habitat intergénérationnel et évolutif qui est une réponse au souhait des Français de vivre chez eux le plus longtemps possible.
Le Groupe La Poste renforce son offre de services de proximité et innove en faveur du bien vieillir à domicile. Il a pour ambition d’être la plus grande entreprise de services de proximité humaine, en s’appuyant sur son réseau de facteurs. « Acteurs de proximité et de confiance, au contact des clients 6 jours sur 7, ils peuvent délivrer de nouveaux services au domicile, apporter plus de proximité et de lien social », souligne Marc Vu Quang, de La Poste. L’exemple en cours de développement est la tablette Ardoiz dont 80 % des seniors qui en sont équipés l’utilisent chaque jour.
Le textile n’est pas en reste qui vise le créneau de s’habiller « intelligent ». « Textiles intelligents, vêtements ergonomiques favorisant le bien vieillir, tout en restant élégants et valorisants à porter... l’Union des Industries Textiles s’investit pour que les vêtements accompagnent au mieux les seniors dans leurs nouveaux besoins », résume Emmanuelle Butaud-Stubbs, Déléguée générale de l’Union des Industries Textiles.

Un marché pour les start-ups !

Les start-ups s’intéressent aussi à cette population. « Aujourd’hui, les recherches qui concernent la Silver économie portent, d’une part, sur les biotechnologies permettant une évolution du corps et un prolongement de la vie, et, d’autre part, sur des outils externes, considérés au début comme des gadgets, mais qui sont en train de passer à une autre étape, estime Thierry Happe, de Netexplo, un observatoire indépendant fondé en 2007. Mais, si toutes ces innovations vont contribuer à ralentir les effets et les signes du vieillissement, aucun robot ne remplacera jamais le contact humain ! ». En France aussi, des start-ups innovent pour les seniors, comme Aïna Lab qui conçoit des produits et des services pour les aînés, en utilisant la méthode du « design thinking ». En clair, le vieillissement de la population est une belle opportunité pour créer des emplois de services à la personne, mais aussi pour proposer de nouveaux services et de nouveaux produits adaptés. Alors, niche ou vrai marché ?

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