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CIHS Shanghai 2016 : Voyage en terre inconnue

Écrit par Philippe Méchin Le 15 mars 2017. Rubrique Asie

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La Chine va-t-elle aussi bien qu’elle veut bien le déclarer ? Il est difficile de se faire une opinion définitive, tant les chiffres restent sujet à caution. Les baromètres de bien des experts sont souvent contradictoires, même si les grandes tendances se recoupent. Il en est un qui en tout cas en vaut bien d’autres, c’est celui du salon CIHS de Shanghai qui affiche de remarquables résultats après un déménagement à risques opéré l’an passé. Toutefois, un changement de ton est en cours, preuve qu’il se passe bien des choses du côté de l’Empire du Milieu, comme nous en aurons la perception durant les journées de ce salon.

Le premier choc, c’est donc le transfert d’un site à un autre et quel site ! Même si nous avons eu le temps de nous habituer, puisque c’est la deuxième année que le CIHS, se déroule sur cette nouvelle plateforme, celle-ci cependant continue défie l’entendement, à nos yeux d’occidentaux. Il faut en effet bien avouer que nos amis chinois ont fait très fort dans le gigantisme où ils excellent pourtant. Mais en ce qui concerne ce flambant neuf “National and Convention Exhibition Center”, nous entrons dans le domaine du jamais vu. Construit au milieu de nulle part, ce paquebot est appelé à recevoir les salons les plus importants en termes de superficie. Et force est de dire que ses possibilités d’accueil semblent sans limites. C’est ainsi qu’en termes de superficie, les chiffres annoncés déjà considérables semblent sous-estimés tant le choc visuel est énorme. Les autorités indiquent une surface d’exposition de l’ordre de 400 000 m2, mais tout laisse à penser que ceux-ci sont sous-estimés tant l’impression de démesure est forte à l’instant où l’on met les pieds dans cette cathédrale démentielle, ou se repérer visuellement relève à priori de l’exploit. Nulle part ailleurs, le visiteur ne peut à notre avis ressentir une telle sensation qui confine à une certaine forme d’oppression un peu anxiogène. Il faut avoir vu une fois dans sa vie, les allées menant d’un hall à un autre. Ce sont de véritables autoroutes qu’il faut traverser, sans repère visuel clair au premier abord. Et que dire des entrées générales, de la disposition de halls ? Tout paraît totalement démesuré, lorsque le visiteur pénètre pour la première fois sur un tel site. Cette sensation nous l’avons éprouvée au centuple l’an passé, lorsque le salon CIHS a décidé de s’y installer définitivement. Rien à l’époque ne semblait achevé. Les lieux de restauration étaient quasiment inexistants. Quant aux panneaux indicateurs permettant de se repérer dans ce dédale de halls et de bâtiments, ils étaient soit illisibles, soit inexistants. Quant aux moyens d’accès, il y avait bien le métro, encore fallait-il le trouver. Les taxis, eux, brillaient surtout par leur absence et en attraper un relevait de l’exploit souvent payé à des tarifs hors de propos.

Transition finalement réussie

Voilà donc l’étrange impression d’un voyage en terre inconnue que nous avait laissé notre visite l’an passé, même si les efforts remarquables mis en œuvre par Koelnmesse en termes de guidage nous avaient grandement facilité les choses. Impression accentuée par la taille du salon qui semblait étriquée dans cet univers de béton sans frontières. Etrange phénomène, lorsque l’on sait que le CIHS, acronyme de Shanghai International Hardware Show, n’est ni plus ni moins que le plus grand rendez-vous mondial dédié à l’outillage, la quincaillerie, la serrurerie, sur toute la zone Asie Pacifique en termes de visitorat et de volume et le deuxième au monde en termes de notoriété derrière son grand frère Eisenwarenmesse, dont il est issu.
C’est donc avec une impression toujours défavorable que nous nous sommes rendus sur cet incroyable site pour l’édition 2016, et là nous avons pu constater que bien des choses avaient changé. Certes la superficie du bâtiment ne s’est pas réduite, certes cette impression de démesure reste la même, mais “l’accastillage” est de bien meilleure qualité. C’est ainsi que l’identification et le repérage ont été grandement améliorés, et qu’il est désormais beaucoup moins facile de se perdre, ce qui réduit d’un seul coup cette anxiété qui vous prenait dès la porte d’entrée si nous avions la chance de la trouver du premier coup… En plus, l’offre restauration a explosé, et toutes les enseignes de fast food, toutes les chaînes internationales, les restaurants locaux, y ont pris pied et de quelle manière. Les structures d’accueil de tous ces fournisseurs rivalisent de séduction pour attirer le client. Tant et si bien que cette multitude d’emplacements dédiés aux plaisirs de la table ressemble à un grand centre commercial avec ses “food-courts” et son offre aussi diverse que variée. Décidément nos amis chinois ne cesseront jamais de nous étonner. Là où l’an passé tout n’était qu’un désert de pierres et un chantier vaguement à l’abandon, voilà que l’affreux couloir à l’abandon est devenu un espace de vie baigné de lumières, fort bien agencé, et tout laisse à penser que ce n’est qu’un début puisque des affiches montraient l’arrivée de nombreuses enseignes dans les mois à venir. Ainsi va un pays dont il ne faut jamais juger les installations les plus étonnantes au premier abord. Ce parc d’exposition en est le meilleur exemple. Mieux encore, le métro est désormais immanquable et fort pratique, tandis que l’aéroport qui accueille majoritairement les vols intérieurs et la gare des trains à grande vitesse ne se situent qu’à quelques kilomètres, ce qui dans cet environnement en gestation l’an passé, nous avait échappé. Finalement, il est clair que ses concepteurs ont pensé à tout, et il paraît inéluctable que tous les salons d’envergure organisés à Shanghai se tiendront sur ce site, à terme. Reste des points à améliorer comme l’environnement peu amène, sous-équipé en hôtellerie, une offre taxi encore insuffisante, et que les chauffeurs ignorent, mais vu le travail effectué en un an, ces obstacles semblent aisément surmontables.

Probablement d’aucuns vont penser que nous accordons trop de place à ce bâtiment et son évolution. C’est parce qu’il semble résumer à lui tout seul, ce que représente aujourd’hui le dynamisme de la construction en Chine. A travers ce symbole de la démesure, de la folie des grandeurs, tout prouve que le marché est encore loin de se calmer, avec ses excès et son incroyable audace. Au-delà de cet exemple, et faute de statistique totalement fiables, il suffit de se promener, dans cette mégalopole pour constater, d’année en année, voire de mois en mois, la quasi incontrôlable transformation de la ville, ou les chantiers ne cessent de fleurir. Ce phénomène nous l’avons constaté non seulement à Shanghai, mais aussi dans toutes les grandes villes du pays. La frénésie d’acquisition de logements ne semble donc pas faiblir, poussée par la montée en puissance des classes moyennes aisées qui s’y s’installent. De plus, les autorités ne font rien pour freiner ces ardeurs. Les taux d’intérêt d’emprunt restent bas et stables, grâce notamment à une inflation quasi inexistante, malgré une hausse des salaires généralisée. Reste un point noir, celui de l’envolée des prix, qui pourraient à terme provoquer une bulle cataclysmique qui renverrait la crise des subprimes américaine de 2008 au rang d’aimable plaisanterie. Toutefois le gouvernement veille au grain, à contrario de celui des Etats-Unis de l’époque, qui a laissé faire, sans jamais mesurer la gravité de la situation dont le monde subit encore les conséquences aujourd’hui.

Typhon, trombes d’eau, et changement de to

C’est donc dans ce contexte de dynamisme exacerbé, voire de frénésie, qu’il faut considérer le salon CIHS comme un baromètre et un observatoire de ce fabuleux marché. Aussi ne faut-il pas s’étonner de la bonne santé du pus grand rendez-vous dédié au secteur de l’outillage, de la quincaillerie, et de la serrurerie. Cette offre absolument similaire dans sa globalité, puisque mise en scène et organisée par Koelnmesse, continue de progresser sous la poussée bien évidemment des acheteurs nationaux, mais aussi de l’intérêt que présente une telle plateforme sur le plan international, attirant le monde entier pour des raisons diverses et variées, mais toutes justifiées. Toujours est-il que le changement de site, s’il a dérouté n’a eu aucune conséquence, tant sur le plan du nombre de visiteurs, que celui des exposants. C’est ainsi que pas moins de 52 175 professionnels, du secteur, dont 6 000 étrangers, ont pu découvrir les nouveautés et innovations de quelque 2 920 exposants, répartis sur pas moins de 150 000 m2. Ces derniers chiffres qui ne cessent d’étonner montrent toute la vigueur de ce marché. De plus, et selon la profession de foi, des organisateurs rhénans, l’internationalité fut une priorité, avec notamment une présence de 320 exposants étrangers et des pavillons allemands, coréens, taiwanais et surtout indiens, pour la première fois de cette façon. N’oublions pas en plus que le visitorat en hausse de 10 % par rapport à l’an passé, n’a pas craint de braver les conditions atmosphériques détestables, suite à un violent typhon qui a déversé des trombes d’eau durant toute la durée du salon.

Il n’en reste pas moins vrai que tout n’est pas idyllique dans ce tableau. Nous en avons eu l’illustration via notamment un Forum de haute tenue, où se sont exprimés divers représentants d’associations professionnelles nationales et internationales, de fabricants les plus emblématiques du métier. La France était présente, via Jean-François Dubost Président de la fédération de la puissante fédération de la quincaillerie et de l’International Hardware association. La bien connue EDRA (Européan DIY and retail association) était également de la fête avec l’intervention d’Alisdair Gray, Directeur des affaires européennes. Tous ont dressé un tableau clair et sans concession de la situation d’une profession qui doit faire face comme tant d’autres à un ralentissement du commerce mondial. C’est surtout du côté des intervenants nationaux que les déclarations ont été sans concessions. Représentants d’associations ou encore dirigeants d’entreprises phares, tous s’accordent désormais à dire que la situation à défaut d’être préoccupante est devenue difficile en raison d’une baisse des exportations. Les industriels chinois de l’outillage ne sont pas épargnés, et le reconnaissent très officiellement. Ce discours d’un ton nouveau s’est accompagné d’une remise en question du secteur. Il a été notamment évoqué la nécessité de la montée en gamme de la production, d’efforts plus intenses en recherche et développement, du besoin d’émergence de marques accompagnées d’une véritable stratégie marketing, sans oublier un service après-vente les nouveaux outils de vente, afin de répondre à des consommateurs plus exigeants, plus volatiles. Bref voilà l’industrie chinoise confrontée à des problèmes identifiés depuis longtemps dans nos contrées. Tout ceci prouve que la compétition mondiale se durcit et que personne n’est protégé des turbulences d’une situation économique de plus en plus chaotique. Les autorités de l’Empire du Milieu viennent de constater que les marchés export qui ont contribué à la richesse et au formidable essor du pays sont de plus en plus difficiles. Même si le formidable potentiel de leur marché intérieur reste considérable, il ne reste pas suffisant pour maintenir les taux de croissance de ces années passées. Il va sans donc sans dire que le mal est clairement identifié, et qu’une réaction rapide s’impose. Que nous réserve l’avenir, sachant que nous avons déjà entendu, d’une manière plus dissimulée, ce genre de déclaration, guère suivie d’effets spectaculaires du moins dans le secteur de l’outillage, ou la sous-traitance et reine au détriment d’une vraie politique de marque ? Attendons donc et n’oublions cependant pas la vitesse de réaction de la Chine.

Si ce salon CIHS fut une fois de plus, un succès malgré un environnement économique mondial difficile et des conditions météorologiques désastreuses, il a aussi permis de faire comprendre qu’un grand virage va s’amorcer dans ce secteur trop encombré. Les plus faibles disparaîtront tandis que les plus performants n’auront d’autre choix que d’être de plus en plus visibles. Ce phénomène Koelnmesse le connaît bien de par sa longue expérience et sa connaissance des marchés mondiaux. En tout cas du côté de Cologne tout le monde est déjà prêt pour accompagner la transition d’un CIHS qui reste quoi qu’il advienne le rendez de référence de la profession aujourd’hui et demain.