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Taiwan hardware Show : L’empire du juste milieu

Écrit par Philippe Méchin Le 15 mars 2017. Rubrique Asie

20170315 Taiwan hardware Show

Revenue au centre du jeu diplomatico-économique mondial grâce aux entretiens de Donald Trump avec la présidente du Pays, Taiwan fait soudainement entendre sa voix, une fois n’est pas coutume. Est-ce pour autant que la petite République de Chine gagne en notoriété ? Pas sûr ! Tout ceci, ne l’empêche pas de tracer sa voie avec succès dans bien des domaines, à l’instar du secteur de l’outillage, comme nous avons pu le constater lors de la dernière édition du salon Taiwan Hardware Show.

Ah, vous allez à Taiwan ? Et par où passez-vous ? Y a-t-il des vols directs ? Et quel est le nom de la capitale ? Voilà quelques questions récurrentes à propos d’une destination qu’il est encore difficile pour nombre de citoyens de la vieille Europe de situer la carte du monde. Confondu souvent avec la Thaïlande pour des raisons phonétiques, ce qui induit des réflexions souvent cocasses, le pays reste encore méconnu. Et pourtant les consommateurs du monde entier sont toujours un peu plus nombreux à utiliser, ou avoir en main un produit made in Taiwan, tant le dynamisme industriel et le savoir-faire est considérable dans cette ile d’une trentaine de millions d’habitants, devenue un des nouveaux dragons d’une Asie qui ne manque pourtant pas de concurrents, tant la compétition est rude dans la région. Toujours est-il que malgré une densité de population qui n’a aucune commune mesure avec ses voisins les plus proches, Taiwan a réussi l’exploit de se hisser au rang des nations avec lesquelles il faut compter dans bien des secteurs. C’est surtout dans le domaine des hautes technologies, de l’électronique grand public, que les produits locaux ont acquis une réputation et une notoriété internationale de haut rang. Les porte-drapeaux se nomment Asus, Acer pour l’informatique, ou encore HTC pour la téléphonie. Si toutefois cette dernière activité est en perte de vitesse, face aux géants coréens, avec Samsung, américains avec Apple, ou encore chinois avec Huawei et autre Xiaomi, il faut bien savoir que la quasi-intégralité des smartphones fabriqués dans le monde, sont issus des usines Foxconn, et que cette entreprise dont les gigantesques unités de production se trouvent en Chine, est Taiwanaise ! Tout ceci illustre bien l’ambigüité des relations avec le voisin d’en face, puisqu’un petit bras de mer les sépare de l’Empire du Milieu, qui ne goute guère aux comportements de leur turbulent voisin. Il est clair que les relations entre Taiwan et la Chine constituent un des points de tension les plus sensibles du globe, voire même le plus sensible, tant Pékin semble de moins en moins disposé à laisser la bride sur le cou à un territoire qu’il considère, comme partie intégrante de l’Empire du Milieu. Ce point de vue n’est pas entendu de la même oreille du côté de Taipei, ou la population l’a démontré encore récemment et de manière très ferme. En effet en portant au pouvoir, l’avocate Tsai Ing Wen, les citoyens ont démontré leur attachement à l’indépendance, économique, politique et institutionnelle. Le candidat favorable à un rattachement plus soutenu avec la Chine a été renvoyé à ses chères études, par la voie du suffrage universel. Ce résultat au moins aussi important que l’élection de Donald Trump, ou encore le Brexit, quant à l’avenir politique, et stratégique du monde, est lourd de conséquences, provoquant la fureur des autorités chinoises, qui pensent plus que jamais que Taiwan fait partie intégrante du territoire Chinois. Il y a donc fort à parier que le coup de téléphone du nouveau président américain à la présidente taiwanaise est lourd de conséquences. Il envoie en tout cas un message très clair à Pékin : pas touche à Taiwan ! Dans un contexte international de redistribution des cartes, de ralentissement du commerce mondial, et d’une tentative américaine, de freiner l’hégémonisme chinois dans le domaine des exportations, le retour taiwanais dans le jeu, est lourd de conséquences. Pour l’instant les instances européennes, peu enclines aux prises de risques, empêtrées dans leurs contradictions et leur indécision, ne se sont guère manifestées. Néanmoins il est clair qu’elles devront tôt ou tard se positionner, tant le sujet est potentiellement lourd de conséquences sur le plan économique. Voilà donc ce que pèse Taiwan, et il y a fort à parier que la République de Chine, pour reprendre la terminologie exacte, risque d’être un des sujets sensibles dans toutes les chancelleries pour les mois à venir.

Loin du bruit médiatique

Il n’en reste cependant pas moins vrai que la Vie continue au cœur de ce pays, petit par la taille, grand par le talent. Loin du bruit médiatique, l’économie continue de fonctionner avec ses atouts et ses faiblesses. Si les limites géographiques du territoire sont une réalité incontournable, le dynamisme de ses habitants ne connaît ni limites ni frontières. C’est ainsi que malgré un environnement économique mondial complexe, le peuple taiwanais poursuit sa marche en avant vers la prospérité, ce qui lui permet d’accéder au rang de nations qui comptent. Soutenu par un gouvernement qui depuis toujours encourage et soutient l’esprit d’entreprise, le tissu industriel national s’est densifié dans bien des domaines, ces dernières années. Si les hautes technologies, l’électronique, grand public en restent les fers de lance mondialement connus, celle-ci s’est élargie au domaine des biotechnologies ; nanotechnologies, les semi-conducteurs, la pétrochimie, le photovoltaïque, les énergies renouvelables, les transports maritimes, la machinerie tec. Tant et si bien que le pays est devenu une puissance industrielle d’importance, ce qui lui permet d’accéder au rang très envié d’un des quatre dragons asiatiques, côtoyant ainsi Hong Kong Singapour et la Corée dans ce cercle très fermé. Tout ceci a également pour conséquence de procurer aux habitants d’accéder à un niveau de vie particulièrement élevé, s’alignant désormais sur celui du japon et de l’Union européenne. Cette réussite, car il faut bien parler de réussite, a autorisé l’émergence d’une classe moyenne supérieure dont la demande première fut l’accès a la propriété. Très vite, s’est mise en place une politique de construction de logements qui a boosté de façon considérable l’industrie du bâtiment et de ses dérivés. Autour de cette fièvre bâtisseuse s’est créé, un tissu de petites et moyennes entreprises, très actives, très performantes, notamment dans le domaine de l’outillage. Très largement concentrées sur les villes qui ont profité de cette fièvre à l’accession à la propriété, elles se sont surtout réparties sur deux cités avec Kaoshiung et surtout Taichung, devenues les eux grands pôles économiques du pays. Puis au fil des ans, et comme bien souvent en Asie, c’est en final, une seule région qui s’est imposée vraiment comme le haut lieu d’une activité. C’est ainsi que toute l’agglomération de Taichung est devenue la place forte de l’industrie de l’outillage sous toutes ses formes. Des centaines d’entreprises y ont pris racine, créant une dynamique industrielle qui ne se dément pas au fil des ans bien au contraire. Cependant ce serait mal connaître tous ces entrepreneurs en pensant qu’ils se seraient contentés d’un terrain de jeu à dimension nationale. Comme tout industriel taiwanais qui se respecte, ceux-ci se sont tournés vers l’export, avec comme atout un savoir-faire technologique de qualité, et des prix maîtrisés, grâce notamment à une importante implantation de leurs usines… en Chine !  Ainsi va le paradoxe de relations réputées exécrables entre les deux voisins, et le réalisme qui prévaut à la fin. Tout ceci prouve bien quelque part que le destin des deux nations est pour l’instant lié. L’un ayant besoin de la capacité industrielle de l’autre, tandis que le second a besoin du savoir-faire technologique du premier. Pour l’instant et même si chacun se regarde en chien de faïence, c’est une affaire qui tourne.

Une affaire qui tourne

Une affaire qui en effet tourne tellement bien, qu’elle a besoin d’une vitrine à la hauteur de ses ambitions et de son savoir-faire. Cette vitrine, elle l’a trouvée avec le salon Taiwan Hardware Show devenu en quelques années un rendez-vous de référence dans le domaine des salons dédiés à l’outillage, au bricolage, et même au jardinage dans la région. Il est vrai en effet qu’au-delà des grands rendez-vous de Cologne et de Shanghai, les plateformes dédiées au secteur sont maigres. Toujours est-il qu’année après année Kaigo, qui préside aux destinées du salon, trace sa route, tant et si bien que le Taiwan Hardware Show devient un des salons majeurs de la profession. En tout cas, il le prouve avec des résultats en constante augmentation, que ce soit en nombre d’exposants ou sur le plan du visitorat. Avec presque 30 000 visiteurs (29 903 exactement) dont plus de 4 000 acheteurs étrangers, venus découvrir les nouveautés et innovations de 403, entreprises, ces chiffres sont devenus tout à fait conséquents et démontrent de façon imparable, le bien fondé des options des organisateurs quant au choix de la plateforme. Ceux-ci ont pris un risque, en délocalisant la foire de la capitale vers la ville de Taichung, ce qui pouvait d’emblée surprendre, voire rebuter. Mais en réalité c’est de relocalisation plutôt que de délocalisation dont il faut parler puisque la quasi-totalité des entreprises du secteur s’y trouve. Grâce à l’excellence de l’offre de transport depuis la capitale, voire directement depuis l’aéroport via le train à grande vitesse, agrémenté d’un service ultra efficace qui permet un accès ultra rapide sur le site, tout le monde y a trouvé son compte, et nul n’a trouvé à redire, tant s’en faut puisque les acheteurs ont pu ainsi visiter les unités de production, située à une portée de fusil du parc des expositions, ce dont ils ne se sont pas privés, bien aidés par les exposants qui ont tout mis en œuvre pour leur faciliter la tâche. Toujours est-il que la formule a fait mouche et séduit les visiteurs lesquels se sont déclarés satisfaits à 99 % ! Bigre…

Le nouveau paradis de l’outillage

Sur le plan de l’offre proprement dite, les fabricants ont dans leur quasi-totalité concentré leurs efforts vers la qualité. Tournant le dos à la production de masse, réservée “aux voisins d’en face”, ils proposent des gammes de produits tout à fait dans les standards européens, tant dans le domaine de l’outillage à main que dans l’électroportatif. Sur le plan des innovations, rien de bien révolutionnaire, mais un soin particulier apporté à la sécurité, la fiabilité, et la facilité d’utilisation, sans oublier les efforts en matière d’ergonomie et d’allégement grâce à la présence de matériaux spécifiques. C’est donc du solide, du sérieux, que les industriels taiwanais ont présenté aux acheteurs avec comme objectif des produits à destination de l’export vers les pays occidentaux. A noter d’ailleurs que les acheteurs du vieux continent les mieux représentés étaient dans l’ordre les Allemands, les Français et les Italiens. Au-delà de cette offre très largement dédiée à l’outillage, celle réservée au jardin, de moindre envergure, se situait dans la même mouvance. Pas de produits bien originaux, tant s’en faut, mais tous les exposants du secteur ont misé sur le concept qualité.
D’année en année, le salon Taiwan Hardware Show trace sa route avec méthode, sans volonté de tout chambouler sur son secteur, mais en accompagnant visiteurs et exposants, à la rencontre des uns et des autres. En tout cas et mine de rien, sans arrogance, la plateforme taiwanaise est en train de s’imposer comme un des rendez-vous majeurs de la profession. Ce rendez-vous à visage humain s’inscrit bien dans l’esprit et les mentalités locales, ou les démonstrations tapageuses n’ont pas cours, ou le respect, la courtoisie, le sens de l’accueil sont des valeurs de la plus haute importance. Sans excès, ni tambour, ni trompette, Taiwan reste une terre de compromis, de mesure. Tout ceci ne peut que rassurer l’acheteur. Reste le problème de la notoriété d’un pays encore mal connu. Il est vrai qu’avec un voisin aussi puissant rien n’est simple. C’est probablement dans cet objectif permanent d’apaisement que Taiwan trace sa route entre la volonté d’indépendance de ses citoyens et le respect des contingences liées à son histoire tumultueuse. Une sorte d’équilibre, dans tous les domaines, bref un “empire” du juste milieu.•