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Gile Guangzhou 2017 : A pas de géant

Écrit par Philippe Méchin Le 31 octobre 2017. Rubrique Asie

20171031 Gile guangzhou

Décidément, la Chine reste le pays de la démesure et pas seulement sur le plan géographique. Tout ce qui s’y passe est empreint du sceau du gigantisme. Un essor économique exceptionnel quasiment unique dans les annales de l’humanité, conjugué à la démographie la plus élevée de la planète, constitue un mélange détonant qui ne cesse de provoquer d’impressionnantes secousses dans tous les domaines. Il va donc sans dire que le monde des salons n’a pas échappé au phénomène. Nous en avons encore eu la preuve très récemment, à l’occasion lors du Gile, acronyme de Guangzhou International Light Exhibition, qui n’a pas manqué à son tour de secouer le cocotier dans l’univers des rencontres professionnelles dédiées à l’éclairage et ses dérivés.

Et pour souffler fort, cela a soufflé fort, très fort, même. C’est ainsi que le nombre de visiteurs a enregistré comme toujours, dans ce type d’évènement à la notoriété désormais bien affirmée, des chiffres impressionnants. C’est ainsi que par rapport à 2016, pas moins de 156 898 acteurs du secteur, venus de 134 pays et régions ont fait le déplacement contre 145 000 l’an passé, ce qui représente ni plus ni moins qu’un bond de plus de 12 000 acheteurs ! Ceux-ci n’ont d’ailleurs pas dû s’ennuyer, puisque les exposants se sont comptés au nombre de 2 428 à présenter leurs nouveautés et innovations. Certes, la progression n’est pas aussi conséquente par rapport, à l’an passé, puisqu‘ils étaient déjà pas moins de 2 399, lors de la pré­cédente édition. Ceci a cependant une explication toute logique, puisque la surface d’exposition dédiée a affiché complet. En effet les quelque 180 000 m2, répartis sur 17 halls, du très moderne centre d’exposition de Pazhou, ont été occupés jusqu’au dernier centimètre carré disponible. Tout ceci démontre que la folie de consommation, de demandes d’équipements, ne se tarit pas, bien au contraire. Elle soutient même l’économie nationale, au même titre que les exportations, ce qui permet à la Chine de poursuivre sa marche en avant, alors qu’il y a à peine quelques mois certains experts et prévisionnistes mal avisés, tablaient sur un atterrissage plus ou moins rude de l’économie du pays avec des conséquences néfastes pour la planète. Tout faux, camarades ! L’Empire du Milieu poursuit son irrésistible marche en avant avec dans sa cartouchière quelques munitions qui vont sans aucun doute, faire de gros dégâts avec en poste avancé une artillerie lourde nommée « nouvelle route de la soie » décidée par Xi Jing Ping le nouvel empereur. Celle-ci a en effet, comme objectif majeur, d’ouvrir les portes de tous les continents afin de déverser sur le monde entier, le Made in China, sous toutes ses formes. Mieux, ou pire encore, c’est selon, cette fameuse route de la soie, permettra de connecter les voies d’approvisionnement de la marchandise fabriquée hors du pays, notamment en provenance de pays en voie de développement, ou carrément sous-développés qui auront pour mission de fabriquer les produits devenus trop chers à produire dans l’Empire du Milieu, en raison de l’inflation salariale engendrée par l’augmentation du niveau de vie de la population et notamment de la raréfaction de la main-d’œuvre à bas coût. C’est ainsi que pour répondre à cette problématique que d’aucuns ont imprudemment mise en avant, pour annoncer un déclin de la puissance chinoise, les autorités ouvrent des voies vers le Bangladesh, le Pakistan, l’Afrique de l’est, en finançant une politique de grands travaux, qui permettront à toutes ces marchandises de transiter, le plus vite possible. Sans oublier l’acquisition de certains ports sur le vieux continent comme celui du Pirée, à Athènes, qui constitue une tête de pont vers une partie de l’Europe des Balkans. Tous ces exemples ne sont qu’un volet réduit d’un plan gigantesque financé par l’état, enrichi démesurément par les exportations depuis ces quarante dernières décennies, depuis très exactement le jour où le légendaire Deng Xia Ping a décidé de lancer la Chine, dans la course à la compétition mondiale depuis un petit village de pêcheurs de quelque 30 000 habitants nommé Shenzhen devenu aujourd’hui une cité de 18 millions d’habitants. C’est dire s’il va falloir encore composer plus que jamais avec l’Empire du Milieu, et sa population avide de rattraper le temps perdu.

L’irrésistible folie de consommation

C’est ce dernier phénomène qui d’ailleurs ne cesse de bouleverser la donne. Et avec quelles conséquences ! Arrivent, en effet, des nouvelles générations de consommateurs qu’i n’ont nullement l’intention de laisser leur part aux chiens, et qui sont en plus, devenus d’une exigence folle. Il va falloir également intégrer le phénomène de modernisation des villes du pays avec tout ce que cela comporte, dans le domaine des équipements, que ce soit dans le domaine des infrastructures publiques, que dans celui de l’immobilier privatif dont l’expansion ne faiblit pas malgré les mesures prises par l’état afin d’éviter les bulles spéculatives. Toutes ces nouvelles donnes influent de façon plus ou moins conséquente sur certains secteurs industriels, équipement, et bien de consommation.
Quoi qu’il en soit, s’il en est un qui se retrouve en première ligne, c’est bien celui de l’éclairage, du matériel électrique et de ses composants. Le marché est gigantesque, et de dimension universelle, dopé en plus, par des enjeux qui dépassent simplement leur fonction première, à savoir éclairer la planète, que ce soit dans le domaine, public ou privé. Se sont greffés depuis quelques années des paramètres incontournables, liés aux réglementations internationales, toujours plus complexes, toujours plus contraignantes. Vient s’y adjoindre la notion d’économie d’énergie, à travers les bâtiments intelligents où l’on s’aperçoit que des possibilités considérables de réduction de consommation existent. Et que dire de la dimension écologique, et ses notions d’éco compatibilité, ce fameux label « Eco friendly » que chaque industriel du secteur ne cesse de mettre en valeur dans son offre, et auquel il accorde des budgets toujours plus considérables en termes de recherche et développement. Enfin comment oublier le vocable conjugué à toutes les sauces, nommé innovation, devenu la condition sine qua non, pour s’imposer dans la compétition qui fait rage ? Une compétition qui soit dit en passant a propulsé certains secteurs vers les sommets de la haute technologie. C’est le cas notamment de l’éclairage qui subit une révolution industrielle sans précédent. Tout a commencé il y a quelques années avec l’avènement de la Led qui a bouleversé la profession, mais aussi considérablement modifié le comportement des consommateurs, devenus perplexes face à cette débauche de sophistication de produits somme toute basiques et nécessaires à notre quotidien. Il va bien pourtant falloir que tous les utilisateurs de la fée électricité s’y fassent et réalisent qu’une simple ampoule est aujourd’hui un petit bijou d’innovation, grâce notamment à la vague montante nommée connectivité. Une vague qui ressemble à s’y méprendre à un tsunami, tant les nouveautés ne cessent d’inonder tous les marchés de la planète. Il est clair aujourd’hui que dans un avenir proche, nous serons tous connectés que cela nous plaise ou non. Une connectivité qui dépasse le domaine du gadget, puisque celle-ci permettra non seulement de commander à distance tout type d’action sur l’éclairage de nos habitations, mais en plus permettra de gérer nos économies d’énergie, possédant par la même une interaction sur nos budgets. Et ce n’est pas tout, des champs immenses de possibilités s’ouvrent, et tout laisse à penser que nous n’avons encore rien vu.

Un Eldorado assaini

C’est toute cette offre que les visiteurs qui ont foulé les allées du parc des expositions de la ville de Guangzhou ont pu découvrir. Et force est bien de reconnaître que dans le domaine de l’éclairage et de ses composants les entreprises chinoises sont particulièrement actives, et ce depuis des années. Le salon Gile a donc constitué la vitrine du savoir-faire national, lequel se déploie sur son activité dominante, à savoir celui de la sous-traitance, ce fameux « sourcing », toujours aussi dynamique, toujours aussi flexible et désormais adaptable à des demandes plus sophistiquées, en raison des cahiers des charges des donneurs d’ordre toujours plus exigeants. Tout ceci fait que les fabricants qui n’ont pas su évoluer ont disparu. L’Eldorado de l’éclairage, et surtout de ses composants, qui avait attiré des milliers de petites entreprises, s’est considérablement assaini. Les produits mal finis, dangereux pour l’utilisateur, ont quasiment disparu de l’offre globale proposée par les fabricants locaux. Il faut y voir la double action des associations professionnelles qui ont très largement contribué à ce grand ménage, associée à celle de Messe Francfort, qui a soutenu et accompagné ces efforts qualitatifs, en collaborant avec lesdites associations et syndicats, mais aussi en menant une chasse sévère à la copie. Enfin, le savoir-faire des organisateurs allemands dans le domaine des salons dédiés à l’éclairage a permis au salon Gile de se positionner son offre vers les sujets les plus sensibles, comme le bâtiment intelligent. Messe Francfort, y possède une expertise incomparable et le prouve via le rendez-vous Light & Building, référence mondiale absolue en la matière. Il n’en reste pas moins vrai que nos amis chinois, ne sont pas non plus en reste sur le sujet, ni à la traine dans le domaine technologique. Les visiteurs ont donc pu constater de visu les énormes progrès accomplis par les exposants.
Le salon a franchi un indéniable palier. L’autre grand changement apporté par ces mêmes exposants réside dans l’approche relationnelle avec les acheteurs. A l’instar de ce qui se passe sur la plateforme francfortoise, les entreprises chinoises ont désormais une approche bien précise à l’attention de leurs interlocuteurs. C’est ainsi que les nouveautés et innovations sont proposées comme de solutions et non comme une offre produit simple, jetée en pâture aux visiteurs. A mesure que les innovations inondent le marché, il est clair que l’acheteur le plus avisé y perd son latin et se voit mal comment expliquer à ses clients des avantages produit auquel lui-même ne comprend rien. Il a plus que jamais ; besoin d’informations, et c’est le message que les organisateurs ont fait passer. Message reçu cinq sur cinq.

Bien en phase avec son temps

Fort de cette offre globale bien en phase avec son temps, il est permis de se demander quelles sont les caractéristiques qui différencient aujourd’hui le salon Gile de Light & Building ? Sur le fond pas grand-chose, tant les organisateurs locaux ont parfaitement su intégrer les paramètres indispensables à un marché planétaire en pleine évolution. Sur la forme, il y a encore quelques différences. Le Gile est le paradis du composant, en raison du nombre incalculable d’entreprises locales installées dans la province du Guangdong, la plus riche du pays, soit dit en passant dont Guangzhou est la capitale. Il y  en a pour tous les goûts, si l’on peut dire. Il n’en reste cependant pas moins vrai que le salon manque un peu de glamour. L’éclairage de décoration est manifestement sous-représenté. Même si des progrès sont à noter de la part de fabricants locaux, nous sommes loin de l’offre de Light & Building. Si cette dernière reste aussi très axée sur le bâtiment intelligent et les innovations qui s’y rapportent, Messe Francfort n’oublie pas la touche décoration qui reste également une des fonctions premières de l’éclairage domestique, avec une présence et une visibilité conséquente de gammes de produits dévolus à ce sujet.
Néanmoins il ne faut pas oublier que les designers chinois possèdent aussi un savoir-faire de haut niveau, et l’ont prouvé ici et là sur quelques stands. Attendons donc les années à venir pour juger. Enfin, l’inclination locale pour les installations d’éclairage en « technicolor » reste un savoir-faire qui n’a pas été oublié. Nous en avons eu la preuve, avec de splendides réalisations. Que dire en conclusion de cette cuvée 2017, du salon Gile de Guangzhou ? Que ce fut un très beau succès, bien sûr ! Rien d’étonnant à cela lorsque l’on connaît le dynamisme du pays et de la région. Nous retiendrons tout de même que le salon devient un rendez-vous, dédié prioritairement au marché domestique. Faut-il bien s’en étonner lorsque l’on connaît l’extraordinaire frénésie de consommation d’une population, si longtemps sevrée ? Est-ce à dire que le phénomène va s’accentuer ? Probablement, à mesure que la population s’enrichit.
Cependant, il n’est pas question d’axer le développement uniquement sur la demande intérieure. Messe Francfort veille au grain de l’internationalité de ses plateformes, comme le prouvent les statistiques du visitorat étranger lors de cette édition. Il va juste falloir s’habituer à l’omniprésence d’une nation, sur tous les fronts que ce soit le plan international, qu’elle n’a nullement l’intention de négliger, comme le prouve cette fameuse nouvelle route de la soie, mais aussi sur son marché intérieur, et avec un milliard et demi d’habitants, cela fait du monde…

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