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Paperworld China Shanghai : La surprise du chef

Écrit par Philippe Méchin Le 12 février 2018. Rubrique Asie

20180212 PAPERWORLD Shangai

Mais que vient donc faire l’univers de la papeterie dans la décoration ? La question est légitime, et pourtant, le phénomène est une réalité, qui va sans doute ne faire que progresser, avec la montée en puissance de ce que l’on appelle les loisirs créatifs, lesquels permettent notamment à bien de nos vieux meubles de vivre une nouvelle jeunesse, via ce qu’il est convenu de nommer aujourd’hui la customisation. Mais l’affaire en réalité va beaucoup plus loin, comme nous l’avons constaté en visitant un salon pour le moins étonnant, Paperworld China, preuve que Messe Francfort, aux commandes de l’évènement, sait surprendre dans les domaines les plus inattendus.

En effet, c’est bien une véritable surprise qu’ont concoctée les organisateurs d’une plateforme, ou justement nous n’en attendions guère. Certes, il est désormais acquis que la passerelle entre la papeterie et les adhésifs entre clairement dans le domaine de la décoration. Mais nous étions loin d’imaginer que les organisateurs aient pu aller aussi loin dans leur offre et surtout dans sa présentation. Ainsi, pensions-nous découvrir essentiellement une foultitude de produits destinés au bureau, des milliers de stylos, cahiers, carnets, à l’attention des entreprises, des écoles, ou encore des particuliers, via une offre typée mass market. Certes cette offre était bien présente, mais chose étonnante elle n’a pas constitué l’ossature de la plateforme. Mieux encore, celle-ci a été délibérément intégrée dans une zone moins prioritaire. Pour être plus clair, il faut savoir que le salon se tenait sur deux bâtiments. A ceci rien donc d’anormal. Par contre, le plus surprenant, fût que le hall principal a été dévolu essentiellement à tout ce qu’il est permis de faire avec des articles de papeterie dans le domaine de la décoration de la maison, ou de la transformation décorative. Mieux encore, et pour enfoncer encore un peu plus le clou, de nombreux exposants du secteur du meuble meublant, de l’éclairage intérieur s’étaient invités au festin. Il va donc sans dire le décor était d’entrée de jeu, clairement planté. Mais nous n’étions pas bout de nos surprises. Ainsi, pour cette édition 2017 de Paperworld sont entrés dans la danse, les créateurs, soutenus par quelques 70 musées nationaux, venus présenter le meilleur de l’art traditionnel d’un pays millénaire. Lesdits musées n’étaient pas seulement présents pour faire connaître la culture millénaire de la Chine éternelle, mais également pour proposer des gammes de produits issus de l’artisanat ancien, avec pour but de les commercialiser dans le monde entier. A cet effet, il est quasiment acquis que certains d’entre eux seront présents en janvier, à l’occasion du salon Paperworld Francfort, le grand frère historique. Toujours est-il que toute cette opération mise en place pour promouvoir ce magnifique artisanat d’art n’est pas lancée au hasard. En effet, connaissant l’engouement pour la décoration mixant les produits anciens, dits aussi ethniques, d’un nombre toujours plus important de consommateurs occidentaux, des gammes de produits positionnés en haut de gamme seront proposés à la vente, à partir de l’an prochain. Les papiers et les dessins les plus sophistiqués y seront très certainement présents, ce qui est somme toute logique, eu égard aux grandes découvertes du pays et un savoir-faire exceptionnel dans ce domaine.
Est en préparation toute une gamme de produits de petite décoration, faite de bois les plus précieux, d’essences les plus rares. Inspirés des chefs-d’œuvre produits par les artistes chinois, ceux-ci seront mis au goût du jour par les designers les plus réputés dans le domaine.

Pas seulement l’atelier du monde

Que faut-il y voir dans une telle approche ? La réponse semble simple. L’empire du Milieu s’est attribué un objectif majeur en termes d’image. Il s’agit désormais de sortir de cette réputation d’atelier du monde, avec tout ce que cela comporte de connotation négative en termes de respect de l’environnement, et de l’oubli de son riche et immense passé millénaire, qui a non seulement permis des découvertes majeures, ou du moins les a améliorées comme le papier ou l’imprimerie, mais également produit des chefs-d’œuvre en tout genre, et pas uniquement dans le domaine de la trop galvaudée calligraphie. C’est désormais ce que veulent mettre en valeur les dirigeants du pays, et faire comprendre au monde que l’extrême sophistication de leur production artistique, artisanale, dans les arts graphiques, le mobilier, l’utilisation de matériaux précieux, fait partie intégrante de la culture du pays. En envoyant un message d’une telle portée, les autorités souhaitent faire comprendre à la planète qui l’ignorerait que la Chine est un pays de découvreurs, d’artistes, de créateurs de très haut niveau. Tout ceci veut dire en clair que l’Empire du Milieu est donc capable de relever tous les challenges, et notamment d’innover, de créer, tout en respectant son formidable passé et surtout son identité à propos de laquelle elle est de plus en plus chatouilleuse. Cela signifie aussi qu’elle maîtrise les nouvelles technologies aujourd’hui, aussi bien qu’elle a elle maîtrisé celle des siècles passés avec ses formidables découvertes qui ont fait avancer le monde. Quoi qu’il en soit ce discours de fierté nationale, martelé par Xijin Ping le nouvel empereur du pays, trouve sa justification dans la présence de la Chine dans le peloton de tête des nouvelles technologies. Que ce soit dans le domaine de l’intelligence artificielle, de la robotique, des télécommunications, de l’e-commerce, avec ses géants comme Ali Baba, JD.com, et autres, elle le prouve, et de quelle manière. Certes bien des progrès restent à accomplir en matière de lutte contre la pollution des sols, conséquence de l’industrialisation à tout crin, mais bien des hommes et des femmes y travaillent, et il y a fort à parier que dans le domaine des énergies renouvelables, la Chine se retrouve à la pointe dans quelques années. Tout ceci pour dire que la présence des musées, du lancement de produits de décoration, faisant référence à son passé le plus glorieux sur le salon Paperworld, n’est pas le fruit du hasard, tant s’en faut, mais bien le fruit d’une volonté délibérée de valoriser l’image du pays et de l’exporter de par le monde.

La politique des petits pas

C’est donc cet étonnant environnement, qui a fait de cette session de Paperworld, un salon véritablement pas comme les autres. Le phénomène a été d’autant plus accentué, par la volonté des organisateurs d’y ajouter une patte Lifestyle. Pourtant nous n’étions pas dans le salon qui porte le même nom et qui s’était déroulé quelques jours auparavant. Mais il est évident que cette tendance s’inscrit dans les codes génétiques de Messe Francfort, aux commandes de l’événement. C’est ainsi que l’offre globale, hormis la papeterie pure, donnait au salon, un petit air d’Ambiente, via les secteurs Giving et Living. La mise en place, la disposition des stands, tout y faisait penser. Ceci était d’autant plus tangible, que l’univers des produits s’inscrivait dans un environnement similaire à celui que l’on peut trouver sur la grande plateforme allemande. Sans vouloir faire toutefois de Paperworld China, le pendant de leur rendez-vous de Francfort, dans les secteurs Giving et Living. Il semble acquis que dans un pays où rien n’est simple, la politique des petits pas semble celle que nos amis allemands ont choisie. Si le marché de consommation reste gigantesque, et que rien ne laisse augurer un ralentissement, il reste néanmoins, complexe et difficile à pénétrer de façon ostentatoire. Faut-il vraiment s’en étonner ? Pas vraiment. Dans ce supposé nouvel Eldorado, ses consommateurs atteints d’une soif inextinguible de consommation doivent encore se familiariser avec de nombreux secteurs. C’est notamment le cas de la décoration, et plus encore des loisirs créatifs. Même si une partie de la population, incarnée par une nouvelle génération, est sensible au recyclage, il lui faudra du temps pour intégrer complètement les phénomènes de customisation. Mais comme Shanghai reste la capitale internationale que l’on connaît, les exposants ont les yeux tournés vers le monde et ses tendances, et ceci d’autant plus que les fabricants nationaux n’oublient pas qu’ils y ont fait leur fortune, faisant aussi par là même, celle du pays, avec le commerce international. Etaient donc présents, un nombre conséquent de fabricants dont la production était destinée à l’export, sachant en plus que tous les salons signés Messe Francfort mettent toujours l’accent sur l’International. Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas moins de 23 368 visiteurs, chiffre en progression, venus d’un peu partout, qui ont fait le déplacement sur le salon Paperworld 2017, découvrir cette offre hors du commun. Certes la majorité a été constituée par les professionnels venus des pays et régions limitrophes, comme la Corée, le Japon, Taiwan. Néanmoins, le contingent des pays plus lointains était fort bien représenté avec la présence d’acheteurs venus du sous-continent indien, des Etats-Unis, mais également de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de la France, qui figure en bonne place dans ce classement. Ils ont pu ainsi, en l’espace de trois journées, aller à la rencontre de quelque 548 exposants intégrant les secteurs de la papeterie pure de bureau, mais aussi l’artisanat décoratif, la décoration pure, le petit mobilier meublant, les produits à connotation culturelle et bien entendu les loisirs créatifs. A propos de ce dernier secteur qui connaît un vif intérêt dans les pays européens, il faut savoir que l’offre était encore malgré tout limitée. Il n’en demeure pas moins qu’elle est bel et bien présente, et qu’elle a attiré de nombreux visiteurs curieux d’assister aux démonstrations de customisation, qui redonnent vie à de vieux objets ou plus prosaïquement permettent leur personnalisation. Si l’offre adhésifs est plutôt conséquente, celle de la vitrophanie à fonction utilitaire n’avait carrément pas sa place. Cette dernière trouve sa justification, dans un environnement bricolage, donc de GSB, mais pas dans celui de la décoration, qui constitue le fil rouge du salon. A notre avis, Messe Francfort, conforté dans ses choix par le succès de l’édition 2017 de Paperworld, va capitaliser sur le duo décoration/style de vie. La formule a, semble-t-il, trouvé son créneau, et sa vitesse de croisière. A ne pas oublier non plus, la présence d’une offre conséquente de papiers d’emballage pour cadeaux et de rubans, qui nous a furieusement rappelé Christmasworld, et ce d’autant plus que les produits Noël, n’ont pas manqué de s’exposer ici et là sur quelques stands.  
Et la papeterie pure, dans tout cela ? Elle était au rendez-vous, et justifie ainsi l’appellation Paperworld. Mais force est de reconnaître que le gros des troupes du secteur n’a pas occupé physiquement le devant de la scène, quelque peu relégué dans un hall, qui n’a pas attiré la lumière, à l’opposé de l’offre déco/style de vie. Les visiteurs en quête de ces produits ont pu ainsi aller droit au but, sans fioriture afin de procéder à leurs achats en toute sérénité, sans perte de temps, et c’est bien là l’essentiel, tant pour les exposants que pour les visiteurs.
Etonnant salon que ce Paperworld China qui a su si bien mélanger les genres sans créer la confusion. La cohabitation de deux secteurs sous une même bannière, qui plus est dotée d’une connotation culturelle, est inédite. En tout cas Messe Francfort a réussi un petit exploit dont il a le secret.•