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CIHS 2018 : Croissance en baisse… Vraiment ?

Écrit par Philippe Méchin Le 8 janvier 2019. Rubrique Asie

20190108 CIHS

A ce qu’il paraît, la croissance chinoise marque un temps d’arrêt. Certes l’écart est mince, puisque ce n’est qu’un demi-point, qui la fait passer de 6,5 % à 6 %, mais le phénomène est inédit depuis bien des années qui ont vu l’Empire du Milieu se hisser au sommet de l’économie mondiale. Qu’en est-il en réalité ? Difficile de le savoir, tant la communication de l’Empire du Milieu est verrouillée par un gouvernement qui laisse de moins en mois filtrer les informations stratégiques. Aussi pour tenter d’évaluer la réalité quoi de mieux que de visiter un salon hautement sensible aux fluctuations d’un marché de la plus haute importance, celui du bâtiment et de la construction. Celui se nomme CIHS et fait autorité sur son secteur depuis bien des années.

Toujours est-il qu’il s’en écrit des choses sur tout ce qui touche à ce domaine ultrasensible, dans le pays le plus peuplé de la planète, et ceci à juste titre. En effet l’incroyable développement de la Chine a engendré des bouleversements inimaginables à nos yeux d’occidentaux. L’extraordinaire essor du pays a tout chamboulé, c’est peu de le dire, puisque celui-ci est passé en l’espace de quelques décennies d’un fonctionnement moyenâgeux, à un management ultra moderne. Le tout dans un système unique sur la planète, lequel allie le mariage de la carpe et du lapin, en l’occurrence le communisme le plus orthodoxe au sommet de l’état allié à un libéralisme économique le plus débridé, le plus dingue, oserons nous dire. Ainsi, tandis que les autorités étendent leur main de fer sur la vie quotidienne des citoyens, ceux-ci continuent d’avancer sans le moindre état d’âme, la moindre contestation dans une course effrénée à la consommation, et l’individualisme le plus antinomique aux idéaux de Karl Marx et de Mao Tse Toung. Que penseraient donc ces deux inspirateurs de la pensée collectiviste, en voyant cette Chine, si vibrante, courir vers des idéaux qui passent par la prospérité issue de la libre concurrence, permettant l’accès à la propriété individuelle. Quelle serait leur réaction en traversant Shanghai, cette mégapole, vitrine du modernisme le plus avancé, en mouvement perpétuel, forte officiellement de 25 d’habitants, aujourd’hui recensés, mais en vérité plus proche des 32 millions. Telle est pourtant la réalité qui s’offre au visiteur découvrant cette ville extraordinaire à bien des égards. Ses immenses et fantastiques tours qui brillent de mille feux sur le fameux Bund, rénové dans le style de l’époque glorieuse des années 30, se reflétant sur la rivière Huangpu, ne peuvent laisser indifférent. Elles représentent la signature d’une ville, mais aussi d’un pays en pleine mutation dans tous les domaines. Elles sont le symbole d’une nation définitivement entré dans le modernisme le plus avancé. Elles envoient un signal très clair au monde : La Chine est de retour au sommet.

Quel spectacle !

En tout cas quel spectacle époustouflant ! D’ailleurs, les touristes ne s’y trompent pas, puisqu’ils sont des milliers le soir à venir assister à un fabuleux show multicolore. Si cependant notre visiteur a quelques doutes, en imaginant que les tours de Shanghai ne sont qu’un village Potemkine, nous ne saurions que trop lui conseiller de circuler à travers cette ville gigantesque, truffée d’échangeurs non moins gigantesques. Il pourra ainsi, au cœur d’un trafic affolant, découvrir que le parc automobile est du dernier cri. Les marques de luxe y abondent. Et si d’aventure il lui vient l’idée d’emprunter les transports en commun, il constatera que le métro est un des plus modernes, des plus propres au monde. S’il prend le temps pour flâner au cœur de cette incroyable ville, il n’aura pas assez d’une vie pour faire connaissance avec tous ses quartiers, tous aussi différents les uns des autres, mais magnifiquement rénovés. Enfin, s’il se décide de faire du shopping, il constatera que les centres commerciaux denier cri poussent comme des champignons, et que les magasins dédiés aux produits de luxe ne cessent de gagner du terrain. Est-ce à dire que Shanghai a perdu son âme ? D’une certaine façon, oui, mais pas tout à fait heureusement. Certes, nous sommes aux antipodes de l’idée que l’on peut se faire d’une ville communiste, néanmoins, les échoppes pittoresques n’ont pas entièrement disparu, tandis que les mini restaurants où l’on déguste à toute heure un bol de nouilles pour quelques centimes sont toujours bien présents. Shanghai, malgré toutes ses transformations, malgré son statut de vitrine du nouveau monde, reste une ville chinoise avec ses parfums, ses couleurs, et son éternel brouhaha. Et puis il y a la population omniprésente, vibrionnante, bruyante en perpétuel mouvement, mais d’une manière toujours amicale. Cette agitation perpétuelle nous fait mieux toucher du doigt, son incroyable densité.

Un smartphone sinon rien

Celle-ci cependant a épousé tous les codes de la modernité la plus extrême, dont le smartphone constitue l’emblème le plus significatif, lequel constitue le kit de survie fondamental pour chaque habitant. Celui-ci est devenu un outil multi fonctionnel qui permet notamment d’effectuer tous ses achats dans n’importe quel magasin quelle que soit sa typologie, grâce à ces QR codes dont sont équipés tous les terminaux. Il va toutefois sans dire que sans l’emblématique Wechat, la messagerie nationale, rien ne serait possible. Celle-ci s’est désormais imposée dans tous les foyers, et il est impensable de ne pas l’utiliser. Par exemple, payer en espèce dans un magasin d’alimentation est devenu ringard. Pour autant cette ville high-tech est-elle en voie de « Boboïsation ? » Oui d’une certaine façon, avec l’avènement des classes moyennes aisées dont les rangs ne font que grossir de façon exponentielle. Celles-ci ne se privent donc pas d’en adopter les codes. Ainsi les vélibs connaissent un vrai succès. Les stations dédiées sont omniprésentes, et les vélos sont très faciles d’accès grâce à une application qui les déverrouillent, laquelle fonctionne à la perfection, elle ! Est-ce pour autant que le consommateur chinois ressemble à son homologue occidental ? D’une certaine façon, tout le démontre, avec cependant encore bien des différences, et celles-ci nous les avons constatées lors de notre visite sur le salon CIHS. En effet, il reste encore du chemin à parcourir pour que chacun des habitants des grandes villes chinoises ressemble à ce citoyen urbain, chic et branché que l’on rencontre sur les capitales du vieux continent. Tout d’abord, il faut bien savoir que tout le monde n’a pas accès à cette prospérité. Certes, les rangs des classes moyennes ne cessent de s’étoffer, mais il reste encore du chemin à parcourir pour beaucoup de citoyens de l’Empire du Milieu. Un chemin que la majorité d’entre eux dédire emprunter. Cette volonté d’aller en avant ne cesse de fasciner. La Chine est poussée par un vaste mouvement d’aspiration à la prospérité que chaque visiteur de cet incroyable pays ressent, comme un vague que rien ne peut endiguer, stimulée par la frénésie de consommation, et l’enthousiasme de la population. Il n’en reste pas moins vrai que la demande prioritaire, entre toutes reste l’accès à la propriété, sachant en plus que ce ne sont pas moins des millions d’habitants qu’il faut loger. En tout cas, les promoteurs immobiliers et autres bâtisseurs s’en occupent, soutenus par un gouvernement qui facilite l’accès au crédit. Résultat, les constructions fleurissent à une cadence infernale, transformant la ville en un gigantesque chantier, modifiant également sa physionomie, en l’élargissant dans des dimensions inimaginables en termes de superficie. C’est donc dans ce contexte bouillonnant comme nulle part ailleurs que se déroule un salon clé, véritable baromètre du secteur de l’immobilier et de la construction. Ce salon n’est pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit ni plus ni moins du plus grand rendez-vous des secteurs de l’outillage et de la quincaillerie sur le continent asiatique et le second au monde juste derrière Eisenwarenmesse, sachant toutefois que les deux appartiennent au même organisateur, à savoir Koelnmesse, qui avec ces deux fleurons règne en maître sur le domaine depuis des années. A propos de ce classement, il faut savoir que celui-ci est tout relatif dans la mesure où le premier est annuel, tandis que le second est biennal. Il n’en reste pas moins vrai que tous les deux dominent largement leur sujet dans leur zone d’influence respective.

Deux visions différentes pour un même concept signé Koelnmesse

Est-ce à dire que les deux sont identiques ? Bien évidemment la réponse est non. Une des spécificités de la plateforme shanghaienne se trouve justifiée par sa conception même. Rien ne se fait sans la participation active du très puissant syndicat national de l’outillage, nommé China National Hardware Association, fort de ses 3 000 membres. Celui-ci consulte en permanence ses adhérents afin de proposer une offre représentative du savoir-faire national, tant à destination de l’export que du marché national. En effet, si ce dernier se porte plutôt fort bien, il est hors de question d’abandonner les marchés étrangers qui ont fait la force et la prospérité de l’économie chinoise. A cet effet, ils ont choisi un positionnement bien clair, dans la mise en place de l’offre globale, avec d’un côté les exposants venus présenter leurs nouveautés et innovations à destination d’acheteurs internationaux, tandis que les autres se sont trouvées installées sur des halls réservés plus prioritairement aux professionnels nationaux. Etait-ce une bonne initiative ? Nous nous permettrons d’émettre quelques réserves sur le bien-fondé de ce choix qui n’autorisait pas les visiteurs d’avoir une vision exhaustive de l’offre globale. Toujours est-il que ceci n’a pas empêché 50 000 visiteurs de faire le déplacement sur la gigantesque et nouvelle plateforme nommée National Exhibition & Convention Center, située au bout de la ville, et dont le principal avantage réside dans la proximité de l’aéroport de Hongqiao, lequel dessert beaucoup de lignes intérieures, et de la gare des trains à grande vitesse. Pour autant, nous restons sur notre faim, concernant ces lieux. Trop grands, impersonnels, compliqués pour s’y repérer, ils dégagent une froideur difficilement compatible avec l’âme d’un salon professionnel, à notre humble avis. Tout ceci n’a cependant pas empêché pas moins de 3 316 entreprises de venir y exposer, couvrant ainsi quelque 160 000 m2. Ce chiffre assez considérable, et en augmentation de l’ordre de 11 % ne semble pas satisfaire pleinement les organisateurs, puisque Koelnmesse qualifie cette progression de modeste. A l’heure ou bien des salons enregistrent des baisses tant de fréquentation que d’exposants, beaucoup se contenteraient de telles statistiques.

Outillage connecté bien sûr

Sur le plan des tendances, sans grande surprise, l’heure est plus que jamais à l’outillage connecté. Les hautes technologies envahissent peu à peu ce secteur comme tant d’autres. La seconde grande tendance combine le binôme qualité/sécurité. Les produits sont toujours plus faciles à manier, plus légers, et conçus de façon à éliminer tout risque de danger d’utilisation. Quant aux prix, ils restent le plus souvent imbattables, ce qui fait du CIHS une plateforme majeure de sourcing pour l’acheteur étranger. De plus, la profondeur de l’offre globale est incomparable. Au-delà du fait que la Chine reste le paradis du sourcing, il faut également y voir la patte Koelnmesse, toujours aux avant-postes lorsqu’il s’agit d’internationaliser un salon, un art où ils sont passés maîtres.
Ajoutons aussi à cette édition 2018 du CIHS, une idée originale qui passait par un mini salon autonome où étaient regroupées quelque 300 entreprises de la visserie, mais également et surtout de la serrurerie, de l’aménagement des portes et fenêtres. Là encore, la haute technologie était omniprésente, notamment dans le domaine de la surveillance et de la sécurité des habitations grâce à des systèmes ultra sophistiqués prêts à être installés sur les portes d’entrée.
Voilà donc pour une édition 2018, qui sans être un cru exceptionnel, a parfaitement tenu son rang. Quant aux signes visibles du ralentissement de la croissance chinoise, on cherche encore…•

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