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Taiwan Hardware Show : Le pari gagnant de la qualité

Écrit par Philippe Méchin Le 25 janvier 2019. Rubrique Asie

20190125 Taiwan Hardware Show

Sans tapage, sans excès, le salon Taiwan Hardware Show confirme d’année en année, sa présence affirmée parmi le gotha des rendez-vous de la profession de l’outillage. Ce tour de force, car c’en est un à bien des égards, n’est pas le fruit du hasard. C’est celui d’un remarquable travail de fond, accompagné d’une prise de risque sur lequel beaucoup n’auraient pas misé un kopeck, tant le challenge paraissait quelque peu extravagant, à fortiori sur un territoire aussi sensible que Taiwan.

En effet, rien n’est simple sur cette île, objet d’enjeux stratégiques qui dépassent de loin le simple fait d’y organiser un salon. Cette fière République de Chine, de son nom officiel, revendique farouchement une indépendance, une liberté, face à un voisin que ce souffle démocratique agace chaque jour un peu plus, allant même jusqu’à des menaces à peine dissimulées, lesquelles ne font que pourtant que renforcer cet esprit de résistance que rien ne semble faire plier. C’est même tout le contraire, à tel point que du côté de Pékin, les autorités envoient des signaux de plus en plus forts. Moins que jamais l’empire du Milieu ne reconnaît l’autonomie de Taiwan et le déclare avec de plus en plus de véhémence. Tout ceci n’est évidemment pas sans conséquences. Il faut en effet savoir que cette ile du bout du monde, régulièrement balayée par les typhons et secouée par les tremblements de terre est cependant hautement stratégique de par sa position géographique en mer de Chine du Sud. Il va donc sans dire que ce qui s’y passe est observé avec beaucoup d’attention par les grandes puissances, les Etats-Unis en tête qui ne laisseront jamais la Chine continentale annexer ce territoire, qu’elle ne cesse pourtant de considérer comme une province du pays, le revendiquant de façon toujours plus forte, à mesure que passent les années. Toujours est-il que l’inquiétude commence à poindre ici et là dans les chancelleries concernant la paix du monde. Le phénomène est d’autant plus fort que l’armée chinoise ne cesse de s’équiper de façon toujours plus spectaculaire laissant entendre ici et là, qu’elle est capable d’envahir militairement Taiwan et de l’annexer par la force. Ces bruits de botte ne laissent personne indifférent et surtout pas Washington, qui a affirmé clairement que la moindre manœuvre militaire constituait un casus belli absolu impliquant une réplique massive. Toujours est-il que nombre de spécialistes et de diplomates considèrent cet endroit de la planète comme un des plus sensibles, voire des plus dangereux pour la paix internationale. Il est d’ailleurs considéré comme le risque numéro un de déclenchement de la troisième guerre mondiale, rien que ça !  

Vers un Trump Asiatique ?

Ces affirmations sont cependant à prendre avec le plus grand sérieux, car même si elle est peu visible, la tension ne cesse de monter à l’intérieur du pays qui ne cesse de définir sa politique intérieure uniquement en fonction de ses relations avec son encombrant voisin. Les récentes élections municipales en ont fourni un nouvel exemple. Le parti de la présidente en exercice, Tsai Ing Wen, vient d’essuyer un cuisant échec électoral, en raison de ses prises de position trop distantes avec les autorités chinoises. Tout ceci est pourtant paradoxal pour une nation qui ne cherche qu’à affirmer son autonomie. Mais les choses ne sont pas aussi simples. Le gouvernement taiwanais doit faire face à une situation bien difficile. En effet, les autorités chinoises écartent pour le moment l’option militaire pour une stratégie de l’étouffement, en pratiquant une forme de blocus économique destiné à étouffer le pays. Ceci se traduit pour l’instant par une baisse des échanges commerciaux, et surtout par une très forte baisse du tourisme qui reste une des ressources fondamentales du pays. Le niveau de visiteurs venus de l’empire du Milieu s’est véritablement effondré. Résultat, ces mesures insidieuses minent la croissance affectent le niveau de vie provoquant un réel mécontentement au sein de la population. Celle-ci s’est donc vengée dans les urnes en infligeant un véritable camouflet au régime en place. Ces élections marquent donc le grand retour des nationalistes avec la victoire du parti Guo Ming Tang, qui remporte la majorité des suffrages, et notamment la victoire à Kaoshiung, la seconde ville industrielle du pays. Celle-ci est désormais dirigée par un maire issu de ce parti, dont on dit qu’il est le futur président, mais aussi et surtout le Trump asiatique ! Quoi qu’il en soit, surfant sur une vague que l’on appelle populiste par facilité de langage, celui-ci, soutenu par sa nouvelle majorité réclame un rétablissement des échanges de toute nature avec Pékin, qui n’en demandait pas tant. Les autorités de la Chine continentale ont-elles influencé de quelque façon le scrutin ? Nul ne le saura jamais. Il n’en reste pas moins vrai que les cartes sont en passe d’être rebattues tout en étant très brouillées. En effet, quel étrange paradoxe de voir ce petit pays si farouchement attaché à ses valeurs d’indépendance demander un rattachement à celui qui est considéré comme l’ennemi. Comment comprendre que Taiwan qui n’a aucune reconnaissance internationale nulle part en tant que nation à l’ONU et ailleurs à cause des pressions et du poids de la Chine puisse aller ainsi à Canossa ? L’avenir le dira. Il n’en reste pas moins que ce paradoxe reste à ce jour une énigme. Lorsque votre allié, dédaigne votre système démocratique, ne cesse de faire pression pour vous refuser toute légitimité, planétaire, l’exemple récent de l’exclusion de Taiwan de l’OMS ressemble à une humiliation de plus, il y a de quoi se poser des questions. A notre humble avis, il semble bien que les décideurs penchent vers une solution pragmatique à défaut de contenter tout le monde. Il s’agit de relancer la machine économique. Cela passe par vrai rétablissement des échanges commerciaux avec la seconde économie du monde. Quel en sera le résultat ? Nul ne le sait. Toujours est-il que cela éloigne une éventuelle menace d’invasion.

Rien n’est perdu, loin de là

Toutefois, nos amis taiwanais sont encore loin d’avoir mangé leur chapeau. Leur industrie possède de très beaux fleurons, notamment dans le domaine des technologies de pointe, comme par exemple celui des composants et des microprocesseurs où ils excellent, sans oublier les bio et nano technologies. Ils possèdent également de très belles marques reconnues dans l’informatique à l’exemple d’Asus ou encore Acer. N’oublions pas également qu’ils règnent en maîtres sur la téléphonie puisque la quasi-intégralité des terminaux de la planète est fabriquée chez Foxconn, forte de son million d’employés déployés sur le territoire chinois, et que ce géant industriel est taiwanais. Bien d’autres secteurs sont explorés avec succès dans des secteurs très variés. Mais ce qui fait également la force de Taiwan, c’est son dynamisme à l’export très largement encouragé, relayé et soutenu depuis longtemps par tous les gouvernements successifs avec l’adhésion totale des entreprises qui n’hésitent pas à se tourner vers tous les marchés de la planète. Tout ceci fait que la dépendance à la Chine et son fabuleux marché reste encore contrôlable. De plus le savoir-faire national est aujourd’hui mondialement considéré comme un label de qualité. Le « made in Taiwan » reste une référence dans la production industrielle asiatique, voire mondiale, tant les standards de fabrication se sont élevés à un très haut niveau d’exigence en matière de qualité tout en gardant des prix contenus, ce qui les rend compétitifs sur les marchés export. Aussi fort de tous ces atouts, Taiwan s’est hissé au rang très envié de ce que les économistes appellent les nouveaux dragons rejoignant la Corée, Hong Kong et Singapour, dans ce cercle très fermé.

Paradoxes

Dans cette configuration, il est un secteur, qui ne laisse pas sa part aux chiens. Il s’agit de celui de l’outillage qui a connu un véritable boom ces dernières années. Dopé au départ par un marché de la construction très dynamique en raison de l’accès à la propriété des classes moyennes, lesquelles ont profité de ces dernières décennies de prospérité, il s’est très rapidement tourné vers l’export en faisant valoir un savoir-faire de haute qualité, face notamment à la production de masse chinoise pas toujours au niveau. Seulement qui dit qualité, dit aussi prix de revient. Et c’est là qu’interviennent tous les paradoxes et contradictions des relations entre les deux pays. En effet, de nombreux fabricants nationaux avaient délocalisé leurs unités de production en Chine ! Tout en veillant au grain sur le plan qualitatif, évidemment. Néanmoins le balancier s’est inversé ces dernières années. Avec la prospérité et donc l’augmentation du niveau de vie, les salaires ont considérablement augmenté ces dernières années dans l’Empire du Milieu, impliquant une compétitivité moindre en termes de prix. Les industriels et fabricants ont donc rapatrié ou simplement installé sur place un certain nombre de leurs unités de production. Cela s’est vérifié avec la très spectaculaire et récente montée en puissance d’un pôle d’attraction dédié aux entreprises du secteur situé essentiellement autour d’une ville et ses environs. Il faut y voir aussi une stratégie gouvernementale, laquelle incite celles-ci à se regrouper par domaines d’activité dans une même région à des fins d’efficacité. Cette stratégie tout asiatique des clusters permet notamment de faciliter les problèmes logistiques. Toujours est-il que la cité élue se nomme Taichung, laquelle est devenue la troisième ville du pays. Soutenue par des autorités locales très dynamiques, elle constitue un pôle majeur d’attractivité économique du pays. Certes, il ne faut pas espérer y trouver le moindre charme touristique tant l’environnement accorde la priorité au business, mais force est de constater que le pari est tout à fait réussi faisant de Taichung (prononcez Taijung) le territoire d’élection de l’industrie de l’outillage.

Toujours un peu à l’étroit

Il va donc sans dire qu’une région aussi dynamique méritait bien d’y installer un rendez-vous professionnel. C’est en tout cas ce qu’a décidé un organisateur de salons nommé Kaigo. Celui-ci était rompu à l’exercice, puisqu’il officie sur cet évènement depuis de nombreuses années, sauf que celui-ci se tenait dans la capitale, Taipei. Mais manifestement bien des choses faisaient obstacle à son développement, en raison notamment d’un parc des expositions mal adapté. Mais surtout ce qui leur a mis la puce à l’oreille, c’est que l’essentiel des fabricants se trouvait à Taichung. Qu’à cela ne tienne, il fut décidé il y a quelques années d’aller au-devant de ces mêmes fabricants, en déplaçant ni plus ni moins le salon sur place. Seulement, il y avait un hic et de taille, puisqu’il n’existe pas de parc des expositions. Ceci n’a guère ému les organisateurs qui ont installé des structures provisoires avec l’espoir de la construction d’un vrai bâtiment en dur.
Ce sont donc ces étranges installations éphémères qui ont accueilli pour cette édition 2019, quelque 425 industriels et fabricants lesquels ont occupé l’espace de plus de 1 000 stands, visités par les acheteurs taiwanais bien sûr, mais pas seulement puisque 5 000 professionnels venus de 85 pays ont aussi fait le déplacement. Tous ont pu ainsi découvrir une offre couvrant sans grande surprise quasiment tous les secteurs de l’outillage, mais aussi quantité d’acteurs de la quincaillerie, de la visserie, de la serrurerie, mais aussi du jardinage, et du bricolage, activité que d’ailleurs personne en Asie ne pratique, mais dont les fabricants fournissent les rangs des exportateurs à destination des pays où l’on s’adonne au DIY. On y a beaucoup échangé et surtout beaucoup commercé, puisqu’un chiffre d’affaires record y a été enregistré pour la plus grande satisfaction des organisateurs qui considèrent tout compte fait que telle est la mission première d’un salon professionnel, sachant en plus qu’un des deux partenaires est allemand, en l’occurrence Messe Dusseldorf. Sur le plan de l’offre, rien de bien original, mais une production constante en termes de qualité qui n’a pas manqué, une fois de plus, d’interpeller les visiteurs.
Voilà donc une édition 2018 du meilleur cru. Cependant tout n’est pas parfait. Il reste le problème d’un parc des expositions de moins en moins adapté à une telle manifestation. Certes le maire de la ville, très impliqué dans l’événement qu’il soutient, promet sa construction imminente, et une promesse est engagée pour l’année à venir, seulement celui-ci a été battu aux dernières élections municipales. Reste aussi posée la question du choix de Taichung au lieu de Taipei. Rien à redire sur les capacités d’accueil. Les hôtels sont nombreux et d’excellente qualité. Rien à redire non plus sur les moyens d’accès. Le superbe train à haute vitesse (HSR) relie la capitale en une heure, et en quarante minutes depuis l’aéroport selon une cadence de passage de toutes les 20 minutes. Quoiqu’il en soit, le choix de Kaigo est définitif. Le salon ne changera plus de lieu. En effet, les exposants et visiteurs y trouvent largement leur compte avec cette possibilité de visiter les entreprises et le cas échéant les sites de production. Cet avantage est déterminant, et coupe court à toute supputation. Un salon n’est pas un rendez-vous où l’on aime perdre son temps. A cet effet le Taiwan Hardware Show a aussi tout bon.•