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Journées des Collections 2016 : Ne (plus) rien changer ?

Écrit par Laurent Feneau Le 13 mai 2016. Rubrique France

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Les Journées des Collections (JDC) se suivent et se ressemblent… Pour le meilleur depuis le déménagement de la manifestation sur Marseille. Certes, cela fait seulement deux ans que les JDC ont pris place au cœur de la citée phocéenne, mais force est de constater que depuis, le succès est là. Et 2016 n’inverse pas la tendance avec près de 1 100 acheteurs et 400 enseignes sur deux jours et demi…

Deux années qu’acheteurs, volume d’affaires et soleil sont au rendez-vous. Et que faut-il de plus finalement à un salon pour qu’il soit considéré comme une réussite à part entière ? Un nombre d’exposants en augmentation ? C’est le cas*. Un effectif d’acheteurs bénéficiant de progression à deux chiffres ? C’est aussi le cas**. Rien d’étonnant donc à ce qu’à quelques heures de la fermeture des portes de cette 14e édition, l’organisateur du salon se fende d’un large sourire. « Exposants et acheteurs nous supplient de ne plus rien changer » se réjouit effectivement Jean-Luc Garnier, Commissaire Général des JDC. Fort du succès deux dernières éditions marseillaises, Info Pro porte fort logiquement le regard un peu plus loin vers l’horizon, au-delà des frontières hexagonales. « Nous avons toujours eu une relative ouverture sur l’international, mais nous avons des objectifs plus ambitieux pour 2017, soit 35 % d’exposants étrangers pour la 15e édition », poursuit Jean-Luc Garnier. Et de préciser, « nous souhaitons accueillir des professionnels du jardin de toute l’UE avec dans un premier temps, des Hollandais, des Italiens et des Espagnols ».

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Motoculture culte

En attendant, qu’ils soient français ou étrangers, l’édition 2016 sourit aux exposants. Renseignements pris auprès de ces derniers, le volume d’affaires réalisé est en nette progression. Normal lorsque l’on apprend que certains d’entre eux ont rencontré deux fois plus d’acheteurs que l’an passé. Bref, quelles que soient les perspectives pour les prochaines éditions, la manifestation reste et demeure en 2016 l’occasion pour les fabricants de rencontrer les enseignes, de tisser de nouveaux contacts, mais également et surtout de présenter très tôt dans la saison leurs principales innovations pour l’année suivante. C’est plus particulièrement le cas cette année pour le segment de l’outillage motorisé qui, fort de ses résultats sur la dernière saison, est particulièrement bien représenté sur cette édition. Enregistrant certes une moindre performance qu’en 2014 (+5 %), ce dernier bénéficie tout de même d’une augmentation de ses ventes valeur de 3 % selon les derniers chiffres Promojardin. Une belle santé qui s’explique avant tout par le dynamisme du marché de la motoculture. Celui-ci profite en effet depuis quelques saisons, de solides innovations suivant de près les attentes des jardiniers, notamment en termes de facilité d’utilisation des équipements. Ce n’est pas donc pas un hasard si les tondeuses électriques progressent plus vite que les modèles thermiques ces dernières années… Plus récemment, ce sont les avancées en matière de batteries qui ont profité au marché, permettant notamment le développement des tondeuses robots. Force est d’ailleurs de constater que 2015 n’inverse pas la tendance… « Avec 15 000 pièces vendues chaque année, le segment des automates de tonte continue à progresser, en France, mais également dans l’UE. On prévoit ainsi un marché de quelque 300 000 unités pour l’Europe cette année », confie ainsi Nicolas Roeckel (Responsable Marketing) sur le stand Robomow.

Outillage : des acheteurs à la pelle !

L’univers des équipements est également très bien représenté sur la quatorzième édition des JDC. Comme celui de l’outillage motorisé, il se défend plutôt bien ces derniers et progresse de 2 % en 2015. Parmi les différentes familles de produits constituant ce vaste segment, l’outillage manuel bénéficie en effet de nombreuses innovations de la part des industriels. Tiré par un consommateur privilégiant de plus en plus le bien-être, le secteur est par ailleurs largement dynamisé par des marques très réactives par rapport à ces nouvelles attentes. C’est plus particulièrement le cas sur le segment des outils coupants, secteur sur lequel le consommateur échaudé par les premiers prix revient à des produits qualitatifs. Résultat, le marché évolue, à vitesse grand V, avec des outils de plus en plus ergonomiques auxquels la manifestation accorde cette année une large place, sur l’espace Innovations, mais également au fil des stands. Ribimex propose ainsi deux nouveaux outils manuels : un désherbeur et un couteau extirpateur. « Deux outils qui proposent une réelle alternative aux désherbants de synthèse », commente Pascal Ribolla (Directeur général) sur le stand Ribimex.
Partie intégrante de l’univers des équipements, la protection du jardinier caracole en tête sur ce début de saison 2016. C’est entre autres les cas des lunettes et des masques tirés par la nouvelle réglementation imposant au jardinier de s’équiper pour les traitements phytosanitaires. La présence d’acteurs innovants sur cette édition des JDC atteste – s’il le fallait – du dynamisme du secteur de l’EPI jardin. Best Vision International (BVI), très satisfait de sa première participation à l’événement, propose ainsi une gamme de verres correcteurs protecteurs. « Nos lunettes en polycarbonate sont les seuls à apporter à la fois une protection et une correction adaptée aux besoins des professionnels et bricoleurs de plus de 40 ans », explique ainsi à Marseille Yohann Charpentier, Directeur de développement de BVI.

Le potager passe au vert

La famille des équipements dédiés à l’arrosage n’est pas en reste sur cette édition des JDC. La plupart des grands noms du secteur sont représentés sur la manifestation. A commencer par Comécap, filiale française de Fitt. Dotée d’un nouvel outil logistique, la société aborde la nouvelle saison avec de grandes ambitions. « Notre nouvelle unité logistique à Lyon constitue un véritable levier de progression qui nous permet de tabler sur une progression de 10 % pour l’année en cours », confie ainsi Eric Samson, Directeur commercial. A noter également que Comécap décroche le premier prix des JDC dans la catégorie équipement simplifiant pour son tuyau extensible baptisé Yoyo.

Enfin, si comme évoqué plus haut, l’engouement pour le potager dynamise fort logiquement les grands outils (pelle, bêche, etc.) il ne profite pas au segment de la pulvérisation, toujours affecté par les premiers prix et les imports.
Le potager, très tendance ces derniers mois, n’en est pas moins présent sur le salon cette année, via l’outillage, mais également le phytosanitaire. Cultiver fruits, légumes et aromatiques entretient en effet une certaine tendance au jardinage “traditionnel”, voire un certain retour à une approche “naturelle” du végétal, celle-ci profitant bien sûr aux produits de jardin bio. D’autant que le législateur – cf. la loi Labbé – va lui aussi dans ce sens. Rien d’étonnant donc à ce qu’engagé de longue date en faveur d’un jardinage durable, Bayer prenne une longueur d’avance et anticipe la réglementation qui interdira en 2019 la vente de produits phytosanitaires hors produits bio-contrôle. « Il s’agit d’anticiper les attentes, mais également de faire preuve de pédagogie auprès de l’utilisateur, d’où nos bornes “Garden Doctor” accessibles dans certaines GSB et chargées de guider le jardinier vers les produits de substitution et à défaut vers les produits de synthèse ad hoc », explique sur le salon Eugenia Rigaud, Directrice Marketing France de Bayer.

Mon bio jardin, roi des jardins…

Même volonté pédagogique sur le stand Novajardin. « Solabiol reste la marque référente des produits naturels et les échéances règlementaires sont une opportunité fantastique pour nous, à condition toutefois de préparer consommateur et vendeur à l’évolution prochaine de linéaire qui bientôt sous vitrine feront cohabiter des produits très différents », ajoute ainsi Christophe Juif, Directeur général. En attendant – même si la liste n’est toujours pas définitivement établie par le gouvernement – l’évolution en faveur des produits bio contrôle est déjà bien engagée. Résultat, les composteurs “fleurissent” dans les jardins, de même que les solutions alternatives aux insecticides comme les abris à insectes proposés par Neudorff. Ces nouveaux équipements parfois très esthétiques participent par ailleurs d’une autre tendance majeure du marché du jardin en 2016, celle d’une nouvelle vague décoration axée sur des couleurs et des matériaux inédits. Tirée par une forte dynamique, la déco prend en effet de plus en plus d’ampleur sur les segments du mobilier et des contenants, lesquels se parent de couleurs nouvelles tandis que le design continue de redéfinir lignes et formes des équipements. « Tons vifs et acidulés sont encore présents, mais on s’oriente depuis l’automne 2015 vers une tendance jaune et noire, notamment sur le végétal où chez les horticulteurs on retrouve des floraisons ambre et dorée et une évolution vers des feuillages plus sombres qu’à l’accoutumée », analyse ainsi Manuel Rucar du cabinet de tendances Chlorosphère et créateur de l’espace Innovations des JDC. Le mobilier n’est pas en reste. S’il suit lui aussi cette nouvelle tendance chromatique, on peut également constater sur l’offre proposée aux JDC qu’il devient plus mobile, à l’image de la collection Burano de City Green intégrant la chaise bain-de-soleil Sunlounger, pliable et facilement transportable. On observe également au fil des années un retour au bois clair avec des lignes inspirées du design scandinave repérable entre autres sur le Globo Chair d’Amazonas, un fauteuil sphérique en bois d’épicéa à suspendre selon ses envies…

Le plastique, c’est (toujours) fantastique !

Partie intégrante du segment de la décoration, le marché des contenants évolue lui aussi à vitesse grand V avec des JDC rendant cette année parfaitement compte de ces mutations. Certes, l’ensemble du segment recule de manière globale sur la dernière saison, mais ce résultat regroupe toutefois des réalités très différentes selon les gammes de produits concernées. Si les contenants en plastique traditionnel accusent le coup du fait d’une très forte banalisation du produit, les produits synthétiques haut de gamme gagnent des parts de marché. Idem pour la poterie traditionnelle et dans une moindre mesure la poterie décorative. Bref, en attendant des jours meilleurs, les fabricants continuent à miser sur la qualité et l’esthétique de leurs produits en espérant une prochaine montée en gamme. C’est entre autres les cas chez Euro3Plast qui mise sur des formats XXL pour ces prochains mois. A signaler entre autres une référence de 100 cm de diamètre dans la gamme Mitu-Pac et une autre de 200 cm (!) dans la gamme en roto moulé Icon.
L’alternative au plastique existe toutefois et a pour nom Marc Verde. La toute jeune société née il y a trois mois propose en effet une gamme complète de contenants en matériaux composites. Soit 50 % de polyéthylène recyclé, 35 % de poudre minérale et 15 % de poudre en bois, le tout en faveur d’un produit non seulement 100 % durable, mais offrant de nouvelles possibilités en termes de décoration. « La matière peut être sculptée, mais également colorée sur la base de teintes totalement inédites, du vert kiwi à l’anthracite en passant par le jaune Kandinsky », explique ainsi Gaëtan Lesne, Directeur général.
Au final, davantage déco, le jardin tend vers une esthétique toujours plus poussée au fil des saisons. Une évolution parfaitement repérable à Marseille. D’autant que la tendance concerne désormais tous les segments, y compris celui de la cuisine de plein air.

Beau comme un barbecue

Lignes et formes des équipements de cuisson sont de plus en plus travaillées par les industriels. Résutat, barbecues et planchas proposent une esthétique toujours plus soignée en faveur d’équipements élégants que l’utilisateur prend plaisir à montrer à ses invités. La tendance est d’autant plus d’actualité qu’elle concerne désormais un nombre croissant d’équipements, de l’entrée de gamme jusqu’aux appareils réunissant plusieurs types de cuisson sur un seul et même produit. « L’utilisateur veut pouvoir tout cuisiner, varier recettes, mais également cuissons. La tendance à la multifonctionnalité des équipements répond précisément à cette attente. Primagaz propose ainsi le Planchagrill, un appareil 2 en 1 offrant polyvalence et souplesse », confirme ainsi Rémi Lavignolle (chef de produit) sur le stand Primagaz. Idem chez Barbecook où le nouveau barbecue Siesta 512 – outre ces 5 brûleurs en acier inoxydable – accueille parallèlement à une grille traditionnelle, une plaque plancha.
Bref, fort du dynamisme de ses acteurs, le marché du barbecue et de la plancha continue à occuper une place tout aussi prépondérante que stratégique sur les JDC, avec notamment un espace spécifiquement dédié. Qu’il soit électrique, à gaz ou au charbon, le BBQ reste ainsi d’autant plus dynamique qu’il bénéficie de l’actuel engouement des Français pour la cuisine, via notamment les nombreuses émissions culinaires à la TV. S’esquissent ainsi de nouvelles tendances culinaires en faveur d’une cuisine de plein air plus raffinée, variée et diététique. Reste maintenant aux équipements à accompagner cette (r)évolution. Maturité du marché oblige, les services R&D des principaux industriels sont déjà à l’ouvrage. Résultat, les nouvelles fonctionnalités se multiplient, tirant toujours davantage l’offre vers le haut de gamme.
Au final, à l’image d’un marché du jardin plus que dynamique en 2016, cette quatorzième édition des JDC répond aux attentes de l’ensemble des professionnels du secteur avec notamment une offre renforcée sur le phytosanitaire, le mobilier et les contenants. Satisfaction donc tant du côté des exposants que des acheteurs. Alors faut-il « ne rien changer pour que tout soit différent* » ? A n’en pas douter oui. A condition toutefois de rester à l’écoute des professionnels du jardin. Tendre l’oreille, écouter certains exposants qui, par exemple, aimeraient avoir deux journées pleines, car la troisième et dernière journée qui voit souvent les acheteurs quitter le salon après le déjeuner ne l’est jamais. La première non plus avec l’ouverture des portes de la manifestation à 12 h… Sinon, c’est bien sûr le beau fixe qui domine sur cette deuxième édition marseillaise. Et à moins d’un dérapage incontrôlé, il devrait en être de même l’année prochaine les 4,5 et 6 avril 2017. A suivre donc…•

* Le nombre d’exposants est passé de 270 à 323 en 2016.
** Le nombre d’acheteurs progresse de 4 % cette année
*** cf. Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard