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Taiwan hardware show : L’art de faire son trou

Écrit par Philippe Méchin Le 14 février 2018. Rubrique France

20180214 Taiwan hardware show

Coincés, surveillés, par un encombrant voisin, Taiwan, et ses habitants n’ont pas la vie simple, et pourtant ce caillou dans la chaussure chinoise taille sa route dans bien des domaines, en pratiquant l’art du compromis, afin de ne pas fâcher Pékin, mais aussi en en faisant entendre une musique différente. Cette partition, la République de Chine, nom officiel du pays, la joue pourtant à merveille dans bien des domaines économiques, scientifiques et industriels, comme nous en avons eu la preuve lors de notre visite sur le salon Taiwan Hardware Show.

Il est clair que jamais rien n’aura été simple dans l’histoire de ce territoire, né pendant une époque troublée, lorsque les troupes nationalistes de Tchang Kaï Chek, furent contraintes à l’exil par le régime communiste triomphant, a l’issue d’une terrible guerre civile sur le territoire Chinois. Bien évidemment ce conflit a laissé des traces indélébiles et même si la paix civile est revenue et les esprits plus ou moins apaisés, le contentieux existe toujours, entre les deux nations. La Chine continue de se faire menaçante, considérant que Taiwan fait partie de l’Empire du Milieu et par conséquent doit être rattachée au pays. Si les deux peuples, et notamment les jeunes générations n’ont pas d’intention belliqueuse, la méfiance reste encore de mise. Les missiles et autres armes de destruction massives restent potentiellement prêts à l’action, même si heureusement les risques de conflit armé restent plus qu’improbables, et se déplacent vers la Corée du Nord. Pour les uns, il s’agit d’abord de montrer ses muscles et d’affirmer sa force et sa puissance, renforcée avec les pleins pouvoirs accordés au nouveau maître du pays, Xi Jingping. Pour Taiwan, il est plus que jamais primordial d’affirmer une farouche volonté d’indépendance, d’attachement à des valeurs de liberté, via notamment la préservation d’une constitution qui autorise l’exercice d’une vraie démocratie et de protéger les libertés fondamentales, tant collectives qu’individuelles garanties par un suffrage universel permettant à chaque citoyen taiwanais de s’exprimer en toute indépendance, et d’assurer la pérennité de ses institutions, fondées sur les principes de liberté et de démocratie. Ces acquis sont très profondément ancrés dans la mentalité de la population, sans pour autant que celle-ci verse dans un néo nationalisme agressif. Pourtant, ceci n’empêche pas le très puissant voisin d’observer tous ces mouvements avec beaucoup d’attention.

Un voisin aux aguets

Néanmoins, il n’en reste pas moins vrai que le gouvernement de Pékin se considère encore comme le seul représentant les couleurs de la Chine sur le plan diplomatique. Cette position est aujourd’hui largement confirmée. Quasiment toutes les nations de la planète ou presque acceptent cette situation, laquelle n’offre qu’un espace limité à la République de Chine, sur le plan international. Nous en avons divers exemples. Citons cependant un sujet fort sensible, eu égard aux activités des deux pays. Il concerne les enjeux liés à l’environnement. Que ce soit lors de la fameuse Cop21, ou plus près de nous la Cop 23, seul l’Empire du Milieu a été officiellement invité. Cette situation est d’autant plus invraisemblable, lorsque l’on sait aujourd’hui que Taiwan est devenu l’un des plus gros pollueurs de la planète grâce, ou à cause de son activité industrielle conséquence de son développement économique considérable ces dernières années. Ce très curieux aveuglement n’est guère à l’honneur de tous ces pays qui font de la lutte contre le réchauffement climatique dû à la surexploitation des ressources de notre terre, une priorité absolue sans en inviter un des principaux concernés à la table des négociations. Il ne faudrait pas non plus cependant oublier, l’ostracisme que subit ce petit pays, en raison de la puissance chinoise. Citons ainsi pour exemple, la famélique présence des représentants des nations étrangères à l’occasion de la fête nationale où seuls quelques pays plus ou moins partenaires commerciaux font le déplacement. Pourtant que l’on ne s’y trompe pas. Taiwan reste un lieu hautement stratégique sur le plan militaire, de par sa position géographique sur une mer de Chine, objet de bien des enjeux. C’est pourquoi les autorités américaines, et bien d’autres surveillent comme le lait sur le feu, cette région du monde, observant notamment avec beaucoup d’attention les manœuvres chinoises, qui semblent revendiquer des positions hégémoniques dans cette région du monde. C’est en cela que Taiwan redevient un élément essentiel dans l’échiquier stratégique.

Un tissu industriel très performant

Dans ce contexte délicat, rien ne semble pourtant affecter la volonté d’avancer de ce pays pas comme les autres. L’économie continue de fonctionner, soutenue par l’énergie de ses habitants. Petit par la taille, grand par son dynamisme, ce petit pays ne connaît ni limites ni frontières. Malgré un environnement économique mondial pour le moins compliqué, l’économie taiwanaise taille sa route, en quête d’une prospérité à laquelle elle a accédé ces dernières années, permettant ainsi d’être considérée parmi les nations qui comptent. Le gouvernement qui continue à encourager et soutenir l’esprit d’entreprise a permis au tissu industriel national de s’étoffer dans bien des domaines, depuis ces dernières années. Si les technologies de l’informatique, l’électronique, grand public en restent les porte-drapeaux universellement connus et reconnus, d’autres secteurs participent au rayonnement du pays, à l’instar des biotechnologies, nanotechnologies, les semi-conducteurs, la pétrochimie, le photovoltaïque, les énergies renouvelables, les transports maritimes, la machinerie, etc. Toutes ces activités ont rendu possible à un territoire de seulement une trentaine de millions d’habitants de devenir une puissance industrielle reconnue mondialement. Ce statut lui a également permis d’accéder au rang très envié d’un des quatre dragons asiatiques, côtoyant ainsi Hong Kong Singapour et la Corée dans ce cercle très fermé, avec également pour conséquence à un niveau de vie particulièrement élevé pour les habitants, s’alignant désormais sur celui du Japon et de l’Union européenne.
Cette réussite a autorisé l’émergence d’une classe moyenne supérieure dont la demande première fût l’achat de logements. Très vite, s’est mise en place une politique de construction qui a boosté de façon considérable l’industrie du bâtiment et de ses dérivés. Ainsi s’est créé et développé, un tissu très dynamique de petites et moyennes entreprises, très performantes, dans le domaine de l’outillage, lié à la construction, à l’aménagement et à l’amélioration de la maison. Très largement concentrées sur les villes qui ont profité de cette fièvre à l’accession à la propriété, elles se sont surtout réparties sur deux cités, à savoir Kaoshiung et surtout Taichung, devenues les deux grands pôles économiques du pays. Mais c’est surtout cette dernière qui en a vraiment profité. C’est ainsi que toute l’agglomération est désormais la vraie place forte de l’industrie de l’outillage sous toutes ses formes. Des centaines d’entreprises y sont nées, s’y sont développées, entraînant une formidable dynamique industrielle. Cependant, et depuis quelques années, c’est vers l’export que se sont tournées toutes ces entreprises. Fortes d’un savoir-faire technologique, et des tarifs compétitifs, elles ont en plus, épousé la cause du « premium », sachant qu’en termes de prix et de produits d’entrée de gamme à gros volumes, elles ne pouvaient lutter contre le voisin chinois et ses capacités de production d’une autre dimension. Néanmoins, la plupart de ces entreprises taiwanaises font fabriquer ces produits en Chine, preuve que les conflits potentiels se dissolvent très vite dans le business…

Les routes du premium

Ce sont donc ces routes du premium qu’ont décidé d’emprunter les acteurs de l’outillage et de la quincaillerie taiwanais. A cet effet, ils ont pu bénéficier d’un formidable outil en l’espèce, avec le salon Taiwan Hardware Show, lequel a parfaitement soutenu le concept global de cette stratégie. L’organisateur, en l’occurrence Kaigo, a très vite compris que la seule façon d’accéder au succès, notamment à l’export, passait par cette montée en gamme de la production nationale. Les équipes aux commandes du salon, n’ont donc pas hésité à franchir des étapes pour le moins audacieuses, à commencer par un déménagement de la capitale Taipei, vers Taichung, ville totalement inconnue au profane, mais berceau de cette industrie. Cependant, il s’agissait dans un premier temps d’attirer les exposants, lesquels ont vite adhéré à l’idée. Ils ont bien compris l’intérêt de faire venir dans la région, les acheteurs, afin de leur faire toucher du doigt l’importance de la place. Pendant les journées du salon, ils en ont également profité pour inviter les visiteurs à découvrir leurs unités de production, ou leur entreprise, le cas échéant. Ces derniers ont ainsi pu découvrir de visu le savoir-faire des tous ces fabricants, que ce soit dans le domaine de l’innovation, de la recherche et développement de la qualité, de la logistique, ou encore de l’après-vente.
C’est donc dans un même état d’esprit que les organisateurs et les fabricants ont porté le salon sur les fonts baptismaux, avec en tête l’installation d’une offre premium, à destination non seulement des marchés nationaux, mais aussi de l’export, lequel constituait dans l’esprit des organisateurs un objectif majeur. Force est aujourd’hui de constater que l’objectif est parfaitement atteint, tant et si bien que le petit salon Taiwan Hardware Show, a grandi très vite, pour devenir un des grands rendez-vous du secteur sur le continent asiatique, avec en point de mire le monde qui commence à regarder de très près ce salon où l’on peut y acheter des produits dont la qualité ne fait aucun doute. Résultat, cette session 2017 a battu tous ses records, avec la venue de 31 000 visiteurs. Mais ce qui constitue le plus beau motif de satisfaction aux yeux de l’équipe Kaigo, c’est que ceux-ci sont venus de 85 pays, preuve incontestable que l’internationalisation est en marche.
Pourtant, malgré ces superbes résultats tout n’est pas parfait pour les organisateurs. Ceux-ci déplorent le manque d’espace dévolu à l’événement. Les quelque 16 524 m2, ont été notoirement insuffisants. Le changement de site n’a à priori pas suffi à contenter tout le monde, malgré le confort de visite amélioré. Aussi, les organisateurs réfléchissent-ils à l’avenir. Un bâtiment dédié aux salons et manifestations est en construction, mais sera-t-il prêt en 2018 ? Sinon vers quelle solution Kaigo va-t-il se tourner ? Telle est la question posée pour l’avenir immédiat. En tout cas ce problème possède au moins un avantage, c’est de savoir que le salon ne fait que connaître un succès grandissant, preuve que le choix d’une offre globale axée sur le Premium était la stratégie adéquate pour les organisateurs, mais aussi pour les industriels et fabricants qui ont adhéré à ces principes.
Face au rouleau compresseur chinois, avaient-ils bien le choix ? Sans doute non. C’est donc tout à leur honneur d’avoir su voir ou se positionner sur un marché très compétitif, ultra concurrentiel. Si la ville de Taichung est inconnue, le « Made in Taiwan » est une référence qualitative dans bien des secteurs. Puisse-il désormais intégrer le secteur de l’outillage dans les années à venir, la partie serait alors bien engagée pour tout le monde, fabricants et organisateurs. Tel est en tout cas l’enjeu et le challenge que chacun des protagonistes se doit de relever.•