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Salon du végétal : Garder la foi pour progresser encore

Écrit par Patrick Glémas Le 9 juillet 2018. Rubrique France

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Ambiance un peu surprenante pour cette deuxième édition du Salon du Végétal à Nantes. Après un premier jour un peu poussif, le moral est revenu par la suite. Faut-il y voir le reflet d’une profession qui se cherche encore et toujours ? Reste que pour avancer dans les bonnes directions, encore faut-il avoir la foi dans l’avenir et dans le végétal. N’est-il pas le support de tout l’univers du jardin ?

Un salon, c’est toujours une aventure. Rien n’est gagné d’avance, même quand les organisateurs ont tout fait pour que toutes les conditions soient réunies afin d’en faire une réussite. S’ils maîtrisent le contenant, ils n’ont que peu d’influence sur le contenu que sont les exposants et les visiteurs. Sans les premiers, pas de stands qui forment autant d’allées pour accueillir les seconds et en faire des lieux de rencontres et d’échanges. Le végétal étant au cœur de l’univers du jardin au sens large, tous les acteurs auraient dû être présents à Nantes !
Force est de constater que nombre d’exposants ne sont pas venus pour cette édition, alors que l’année dernière, il y avait foule. Ces défections ont touché l’univers de la distribution, de la fleuristerie et du paysage. L’univers de la fleur semble se chercher. La tenue du salon Novafleur, à la rentrée, crée une concurrence forte, les exposants ne semblant pas avoir les moyens de faire les deux manifestations. Et les fleuristes ont du mal à venir à Nantes. Est-ce dû à un manque d’animations ? Pourtant, il y en avait autant que l’année dernière…

Le paysage a fait défaut

Le pôle paysage a aussi marqué le pas tant en nombre d’exposants qu’en visiteurs. Il est vrai que le mois de juin n’est guère favorable pour cette catégorie professionnelle. Les paysagistes sont en plein travail, pour l’entretien des jardins comme pour la réalisation de nouveaux espaces. Et la tension sur les emplois du temps était d’autant plus vive cette année que les épisodes pluvieux du premier semestre ont considérablement retardé les chantiers. Autant de retard accumulé à rattraper avant les vacances…
Les collectivités locales ont aussi fait profil bas, en grande partie pour les mêmes raisons que les paysagistes. La fin du printemps est un gros pic d’activité dans les collectivités locales. L’entretien des espaces verts est dévoreur de temps, notamment pour le désherbage et la gestion différenciée qui l’accompagne depuis l’interdiction d’utiliser des herbicides de synthèse dans les lieux ouverts au public. Pourtant, des conférences ont été mises en place avec Hortis, le réseau professionnel des responsables d’espaces nature en ville. Cependant, beaucoup préfèrent la fin de l’automne ou celle de l’hiver…

Des exposants satisfaits

Le pôle distribution, hors végétal, s’est aussi quelque peu amoindri. Beaucoup d’exposants de l’année dernière ne sont pas revenus, notamment dans les produits phytosanitaires, l’outillage et la motoculture. Les Journées des Collections, qui se tiennent début avril, à Marseille, sont une concurrence séreuse, mais cela n’explique pas tout. « Nous avons fait un excellent Salon du Végétal, lâche, avec satisfaction, Kristian Van de Cauter, de Compo France. Nous avons vu les trois quarts de nos clients alors que nous étions aussi à Marseille. Nous avons pu leur montrer les produits finis. Nous avons très bien travaillé ».
D’autres exposants sont sur la même longueur d’onde. « C’est une bonne édition pour nous, remarque Pascal Ribolla, de Ribiland. Nous avons vu du monde, peut-être parce que nous étions seuls ? ». « Nous avons vu beaucoup d’acheteurs, renchérit Bernard Corradi, de Biolandes. Les échanges ont été riches ». Pourtant, d’autres exposants sont moins enchantés. Certains sont même totalement déçus, faute d’avoir vu des visiteurs s’arrêter sur leur stand. Certains, dépités, ont même plié bagage le mercredi soir…

Un site très confortable

Faut-il pour autant incriminer les organisateurs ? Ce serait l’erreur à ne pas commettre. Certains, qui n’ont toujours pas digéré le déménagement du salon d’Angers à Nantes, n’attendent qu’un faux pas pour critiquer encore et encore cette décision. Pourtant, il n’y a pas photo entre le Parc des expositions d’Angers et celui de Nantes. Ce dernier est un incroyable joyau pour le monde du jardin. Son organisation spatiale est plus fonctionnelle et plus agréable. Et son accès est des plus aisés, en voiture comme en transport en commun. La métropole angevine ne peut que s’en prendre à elle d’avoir vu partir le salon. La promesse d’un nouveau parc est restée trop longtemps lettre morte…
Réussir un salon se prépare aussi. Un exposant ne donnera envie d’être contacté que si son stand est attrayant et informatif. Une évidence que beaucoup d’entreprises semblent avoir oublié. Une table, des chaises et quelques posters ne poussent guère à s’arrêter. Les marques qui ont bien marché ont mis les moyens tant dans les animations, les présentations et les panneaux informatifs que dans les moyens humains. Quelqu’un qui attend et qui accueille le chaland crée plus de proximité. Et il faut savoir faire venir ses clients et ses prospects. Un tel événement se prépare avant, s’anime pendant et se traite après. Il faut s’investir !

La distribution en soutien ?

Reste qu’un salon professionnel reflète toujours l’image de l’univers auquel il est dédié. Le cœur du jardin reste le végétal. Tout tourne autour de lui. Le Salon du Végétal doit donc être ce rendez-vous incontournable de tous les acteurs, tant de l’amont que de l’aval. Il faut aussi que la distribution en soit consciente et apporte son soutien. Seuls Apex et Inedis-Les Compagnons des saisons étaient présents avec un stand. Si avoir un stand n’est pas une obligation pour les enseignes, leurs dirigeants pourraient au moins venir une journée pour montrer leur intérêt pour la production. Seul Thierry Sonalier, DG de Jardiland, a fait le voyage… Et il n’est pas producteur !
La production doit également faire sa révolution. Le monde change, elle doit évoluer. Donc innover. Et anticiper pour répondre aux besoins d’aujourd’hui et de demain. Ce n’est pas gagné… Un salon est l’occasion de présenter des concepts un peu fous, à l’image des concept-cars présents sur les salons automobiles. Beaucoup ne resteront qu’à l’état de prototype, mais ils présentent des tendances reprises en tout ou en partie. Et ils apportent du rêve, des idées, des pistes, bien nécessaires pour se projeter dans l’avenir.

Où est l’effet wouah ?

Innovert l’a montré. Les nouveautés végétales, pour intéressantes qu’elles soient, satisfont les connaisseurs, probablement un peu moins les néophytes, hormis les rosiers et la myrtille. Les innovations commerciales végétales sont plus intéressantes, car elles touchent directement un large public. Elles ont également un côté pratique qui intéresse les néojardiniers des villes qui disposent d’un petit espace extérieur et qui n’ont pas forcément la main verte. Mais il n’y a pas d’effet wouah ! Avec le vivant, c’est, certes, plus facile à dire qu’à faire, mais quand même.
En se promenant dans le hall XXL, consacré à la production végétale, un certain “ronronnement” se ressent. A croire que la fin d’un monde est en train de se produire. Beaucoup d’entreprises sont en recherche d’un nouveau souffle parce que leurs dirigeants arrivent à l’âge de la retraite. Sans succession, elles cherchent des repreneurs, en vain souvent. Les arrêts d’activité se font ainsi plus nombreux. Le tissu productif s’amenuise, ce qui n’est jamais bon pour un secteur d’activité. Il semble aussi manquer un certain dynamisme pour produire autrement et différemment. N’y aurait-il plus assez de volonté pour innover et proposer de nouveaux produits aux consommateurs d’aujourd’hui ?

Réunir tous les acteurs du jardin

Au-delà de ces constatations, qui ont des conséquences sur le salon, n’oublions pas que son rôle principal est de réunir tous les acteurs de l’univers du jardin. Et de permettre des échanges. Les organisateurs l’ont bien compris avec la soirée du mercredi, plus réussie que celle de l’année dernière, car plus ramassée et plus intime. Une belle occasion de faire connaissance et d’échanger des cartes de visite pour mieux travailler ensuite. Ceux qui y ont participé – ils étaient un millier  – sont aussi ceux qui ont fait un bon salon. Que sera le salon en 2019 ? C’est à chaque acteur de s’en préoccuper et de s’investir. Les organisateurs feront des ajustements pour améliorer encore le cadre. Certains voudraient revenir aux anciennes dates. Mais juin est la période idéale pour voir les végétaux en plein épanouissement. D’autres voudraient qu’il devienne biennal, à l’image de Paysalia qui a trouvé son rythme pour les paysagistes. D’autres pensent que le salon devrait se recentrer sur le monde du commerce et de la distribution puisque les paysagistes, les collectivités et les fleuristes ne viennent plus.
Un lieu unique pour tout le jardin !
Quelques-uns, un peu rêveurs, imaginent que le Salon du Végétal et les Journées des Collections se tiennent ensemble, à Nantes, fin avril ou début mai… Voilà qui ferait un grand événement jardin avec une offre complète ! Entre gens intelligents, tout est possible pour peu qu’ils papotent entre eux. Deux salons consacrés au jardin dans un cadre végétalisé, cela aurait de la gueule…
Autant de pistes à explorer. Mais le Salon ne pourra pas évoluer sans les acteurs du monde du jardin. Que ceux qui pensent que les salons étrangers sont mieux et que rien ne pourra changer en France revoient leur position. Que ceux qui n’attendent que l’échec du salon reviennent pour enrichir l’offre. Que ceux qui voient le verre à moitié vide fassent preuve d’optimisme pour aller de l’avant. Que ceux qui croient que le végétal est plein de promesses unissent leurs forces. Que ceux qui pensent que les montagnes ne se rencontrent jamais fassent place à un peu d’utopie. Pour, tous ensemble, consolider l’avenir de l’univers du jardin.•