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CES Las Vegas 2018 : Briconnectivité

Écrit par Philippe Méchin Le 6 mars 2018. Rubrique USA

20180308 CES Hall entree

Rien ne semble échapper au phénomène du high-tech, aucun secteur n’est épargné par ce phénomène qui ne fait que prendre de l’ampleur, sans bien même que l’on en mesure aujourd’hui réellement sa portée. S’il semble acquis qu’il va révolutionner nos vies dans bien des domaines, la question est de savoir dans quelle mesure, au nom de quels intérêts. Est-ce un véritable progrès pour l’humanité, ou un simple phénomène de mode qui retombera comme un soufflé une fois l’effet médiatique passé ? Il n’est en tout cas pas un secteur qui échappe à cette intrusion dans ce nouveau monde plein d’espoirs pour les uns, plein de menaces pour d’autres. Le secteur du bricolage dans le sens le plus large du terme, ne fait pas exception, comme nous avons pu le constater lors de notre visite sur le désormais célébrissime CES de Las Vegas.

C’est en effet peu dire que ce rendez-vous a été au cœur d’une médiatisation encore jamais vue pour un salon par essence professionnel. Avant, pendant, après, il n’est pas un média d’actualité qui en n’ait pas fait ses choux gras. Les chaînes de TV, les grands quotidiens nationaux, les magazines grand public y ont déplacé leurs équipes en masse, comme si l’événement s’adressait au grand public. Or, il faut bien répéter et préciser que ce salon est d’abord un rendez-vous d’affaires. L’entrée est strictement réservée aux possesseurs de badge. C’est aux acteurs des métiers concernés de près ou de loin que ce salon pas comme les autres est dédié, et ce n’est rien de dire que l’on s’y est précipité, puisque les chiffres de fréquentation tournent autour de 200 000, ce qui est considérable, ceci d’autant plus que Las Vegas n’est pas l’endroit le plus accessible du monde pour les Européens et les Asiatiques, notamment qui n’ont pourtant pas hésité à franchir les océans et les frontières après des voyages incertains peuplés de correspondances complexes, souvent affectées par les conditions météo hivernales qui règnent en cette saison aux Etats-Unis, et qui compliquent les vols. Ce n’est pas non plus l’endroit le plus économique en termes d’accueil hôtelier. Les palaces aux capacités considérables ne se privent pas pour augmenter allègrement leurs tarifs, selon les bonnes vieilles méthodes pratiquées ici et là sur la planète, lors des événements dédiés au business. Puisqu’il est convenu qu’un déplacement professionnel à l’occasion d’un salon est en général pris en charge par les entreprises sensées être plus aisées que les quidams en goguette touristique, surtout à Las Vegas ou l’on préfère que les portefeuilles de ces derniers soient asséchés par les machines à sous, les prix s’envolent.

Pas une partie de plaisir

Et que dire de l’emplacement, et d’un parc des expositions qui n’a rien de vraiment adapté à la réception et l’organisation d’un événement de cette dimension ? Réparti sur deux sites suffisamment éloignés les uns des autres, pour obliger les visiteurs à prendre des navettes, trop souvent engluées dans le trafic très dense, sans oublier les multiples expositions, conférences et show cases, situés dans divers hôtels de la ville, le CES n’est pas une partie de plaisir pour le visiteur. Celui-ci doit jongler entre tous ces sites, s’il veut se faire une idée de l’offre globale, laquelle n’est pas toujours classée de façon très logique. Enfin il se doit en d’affronter en permanence une cohue à nulle autre pareille sur un salon professionnel. Il est donc fortement conseillé à tout bon visiteur qui se respecte de s’équiper d’une bonne paire de chaussures, d’être doté d’une bonne dose de patience et de ne pas craindre les effets de foule. Le phénomène a d’ailleurs été aggravé cette année par une pluie diluvienne le premier jour qui a provoqué d’inextricables embouteillages dans une ville guère habituée à ce genre de conditions climatiques. Pire encore, ces trombes d’eau ont provoqué une panne d’électricité au sein du LVCC, acronyme de Las Vegas Convention Center, qui n’est rien d’autre que le parc principal des expositions ! Résultat une belle pagaille et un reflux en masse vers l’autre parc principal le Sands. Difficile de faire plus compliqué…
Ceci étant dit, il n’en reste pas moins vrai qu’il en fallait plus pour décourager les dizaines de milliers de visiteurs quotidiens qui avaient tous une bonne raison pour découvrir ce salon pas comme les autres, tant le champ d’action des hautes technologies semble infini. Depuis le fabricant d’accessoires pour smartphones aux solutions les plus démentielles en matière de mobilité pour les années à venir, en passant par l’intelligence artificielle toujours plus fascinante et inquiétante à la fois, ou encore les solutions connectées au service de la santé, à celle des personnes âgées, sans oublier les nouveautés dernier cri proposées par les fabricants de l’électronique grand public, qui présentaient leurs derniers bijoux technologiques, dans le domaine de la télévision, de l’électroménager, de l’informatique. Il y en avait donc pour tous les goûts, ou plutôt tous les besoins en matière de tendances destinées à séduire le consommateur, améliorer nos transports, nos cadres de vie, notre bien-être, notre confort, et très probablement notre rapport au travail dans les années à venir. Faut-il s’en réjouir, ou au contraire s’en inquiéter ? Difficile en l’état actuel des choses de se prononcer. Que dire par exemple de la voiture autonome qui fût manifestement le temps fort du salon ? Chacun sait que nous sommes à l’aube d’une révolution dans le domaine des transports individuels dont personne encore n’évalue la portée. Quelle énergie, quelle façon de nous rendre d’un point à un autre, quel rapport allons-nous avoir avec la voiture, objet culte depuis le début du 20e siècle auquel les consommateurs restent cependant encore attachés. Une solution semble s’imposer, l’électricité, mais pour combien de temps ? A-t-on évalué précisément les problèmes de recyclage ? D’autres pistes sont à l’étude, plus économes, plus faciles à recycler. Bref, nous ne sommes pas au but de nos surprises. Et quid de la robotique dont personne ne connaît les limites, mais dont il est facile d’en imaginer les conséquences sur l’emploi et ce que seront les métiers de demain ? Si les visiteurs se sont beaucoup amusés sur le stand Sony avec le petit chien robot qui jappe, se déplace à l’appel et remue la queue en nous regardant tendrement, il ne faut surtout pas oublier que dans les laboratoires des grandes entreprises de l’électronique des armées d’ingénieurs des services de recherche et développement s’activent à des tâches autrement plus complexes, et plus impliquantes pour l’avenir des habitants de la planète. A ce petit jeu, la Chine y consacre des sommes folles, et connaissant les objectifs des dirigeants du pays ce n’est sans doute pas pour lancer des petits chiens qui remuent la queue…
Mais au-delà de tous ces questionnements, dont la liste est sans fin, le CES, c’est aussi et surtout un petit peu de notre pays. En effet, pas moins de 320 entreprises françaises nommées sans trop de nuances start-up, font la gloire de la France qui grimpe ainsi sur le podium des nations les plus représentées sur le salon « Cette French Tech », puisque c’est son nom, illustre notre dynamisme dans le domaine du High Tech. Elle a en plus, avouons-le, profité de l’effet Macron, qui en se déplaçant sur le site en pleine campagne, a peaufiné sa stature de futur président du « nouveau monde ». C’est de bonne guerre et cette stratégie a démontré son opportunité.

Vous avez dit interopérabilité ?

Mais dans tout cet univers de débauche technologique, quel rapport avec l’univers du bricolage, et par extension l’aménagement de la maison ? Eh bien, il est beaucoup plus étroit qu’on puisse l’imaginer, et de grands acteurs du secteur ne s’y sont pas trompés, tandis que des PME très en pointe se sont d’ores et déjà positionnées, sans parler des start-ups pures en devenir. Il est désormais acquis que les nouvelles technologies se sont invitées dans le domaine de l’équipement et l’aménagement de la maison, via la connectivité qui ne fait que gagner du terrain dans tous les domaines. Ainsi la domotique a vu son mode de fonctionnement bouleversé, et les entreprises les plus performantes du secteur n’ont pas raté le train en marche, à l’exemple de Somfy, très en pointe, et qui l’a prouvé en présentant toute une gamme de nouveautés et innovations. Mais le thème majeur de cette édition 2018 du CES, se nomme interopérabilité. Ce terme issu justement de la domotique se définit comme une sorte de traducteur capable de lire toutes les fonctionnalités des installations de la maison, et d’en optimiser l’utilisation permettant ainsi de réaliser des économies. Et dans ce domaine, il en est un qui n’a pas loupé son coup, c’est Leroy Merlin, avec son application Enki, laquelle commence à faire beaucoup de bruit dans le landerneau de la profession. A juste titre d’ailleurs, puisque de nombreuses marques sont déjà associées à cette innovation tout à fait dans l’air du temps. Citons Legrand, Somfy, Netatmo, tous présents sur le salon, et voisins dans la même zone d’exposition, ce qui a apporté beaucoup de cohérence à ce concept. Les visiteurs pouvaient ainsi échanger avec les différents acteurs impliqués dans cette nouvelle démarche. Pour information, sachez que Enki, ce nom un peu étrange, se positionne comme la solution maison connectée de l’enseigne Leroy Merlin. Elle se définit comme une application universelle, laquelle commande les fonctions principales d’applications de marques, et par conséquent de produits, et de technologies différentes.

Souplesse

Mais le plus original, c’est que la participation à l’interopérabilité sous la bannière Leroy Merlin, n’implique aucune contrainte, dans le domaine du référencement à la centrale. Il n’est pas obligatoire pour un fabricant d’être un fournisseur, pour participer à l’aventure, même s’il est logique que les plus significatifs figurent en bon rang dans les rayons de l’enseigne. Cette souplesse affichée est avant tout destinée aux consommateurs qui en découvriront les vertus non seulement en termes de praticité, mais aussi sur leur facture énergétique. Toujours est-il que l’enseigne est bien décidée à tailler sa route, dans le domaine, puisqu’elle s’apprête à lancer dès le printemps, la Box multi protocole, que le consommateur met chez lui, laquelle traduit l’ensemble des informations de la maison portées par les produits, permettant ainsi d’être pilotée à partir de l’application universelle. Tout ceci paraît peut-être abstrait sur le papier, mais dans les faits, cela se traduit pour l’usager à devoir se porter acquéreur d’une box, à prix très étudié selon ses concepteurs, relayée à ladite application. Alors, marchera ? Marchera pas ? L’avenir nous le dira très prochainement, mais l’enseigne n’a pas la réputation de se lancer à la légère, le savoir-faire et la passion des équipes aux manettes de cette opération, laissent présager un futur prometteur. Voilà donc pour ce qui nous semble un des évènements majeurs du salon vu à travers le prisme de l’amélioration du confort de la maison. Toutefois, il faudrait des pages pour dresser l’inventaire des produits dits « smart home » se positionnant sur ces marchés et qui ont une place en jardinerie ou en GSB. Nous en avons vu dans l’éclairage, la décoration, la sécurité, ou encore dans les produits pour animaux, etc., etc. Citons quand même quelques-uns d’entre eux qui ont dépassé le stade de projet pour devenir des innovations de qualité qui fonctionnent, bien inscrites dans l’air du temps. C’est le cas de Decayeux qui propose des boites aux lettres intelligentes fort pratiques, de Fenotek déjà bien placé sur le marché des interphones connectés. Dans le foisonnant domaine des start-ups, Vivoka et son assistant de contrôle des objets connectés de la maison nommé ZAC, vient de lever 1 million d’euros de fonds de la part d’investisseurs américains pour développer leur produit. Cet exemple représente d’ailleurs l’illustration parfaite de la raison de la présence massive d’exposants français sur le CES. Seulement il est à craindre que les élus soient peu nombreux. Ainsi va la vie des nouveaux Eldorados, ou supposés comme tels. Mais ceci est un autre débat.
Comme tout le laisse présager, les secteurs de l’aménagement et de l’amélioration du confort de la maison sont en train d’intégrer les nouvelles technologies dans leur offre. Même l’outillage basique destiné au bricolage n’est pas épargné, comme nous avons pu le constater sur la dernière édition de Batimat, riche aussi en solutions technologiques. Il va donc falloir s’y faire et s’habituer à vivre dans un monde de plus en plus connecté. Est-ce un progrès réel pour notre confort de vie ? Il appartient à chacun d’en juger.•